Le Bushû-den Kiraku-ryû

tatsusawa sensei

Le soin avec lequel Régis Soavi nous a toujours précisé qu’un grand nombre de techniques d’armes qu’il nous enseigne proviennent de l’école de Kunihiko TATSUZAWA nous a de longue date familiarisé avec ce nom, bien que ce personnage ait eu pour nous quelque chose de presque mythique.

L’histoire de la rencontre entre Régis et Kunihiko peut se résumer de la façon suivante : jeunes étudiants, ces deux pratiquants d’arts martiaux se sont rencontrés à Paris dans les années 70 et ont pratiqué ensemble au dojo de la Montagne Sainte Geneviève. Kunihiko Tatsuzawa, descendant d’une ancienne famille de samouraïs, a enseigné à Régis et à une autre personne des techniques de Ju-jitsu, Bo, Jo, Iaïdo, etc. Les séances avaient lieu environ deux fois par semaine et pouvaient durer jusqu’à 4 heures d’affilée. Cet entraînement intensif s’est terminé après environ un an et demi avec le retour de Kunihiko Tatsuzawa au Japon. Le contact s’est alors interrompu ; mais la mémoire en est restée vivante et sa retransmission par Régis a permis, nous y venons maintenant, que ce personnage devienne pour nous une réalité tangible.

Le Voyage au Japon

Dans la perspective du voyage de Régis Soavi au Japon, Romaric a pris l’initiative de tenter de recontacter Kunihiko Tatsuzawa. Il a recensé des emails comportant ce nom et envoyé des messages. Cette recherche qui pouvait passer pour une bouteille à la mer s’est avérée fructueuse : Kunihiko Tatsuzawa a répondu, il se souvenait bien de Régis et il était prêt à l’accueillir au Japon. Par son intermédiaire Régis a pu rencontrer plusieurs Maîtres d’arts martiaux anciens et pratiquer avec lui.
Ainsi nous avons appris que Kunihiko Tatsuzawa, par ailleurs professeur de droit international et spatial, est le 19e Maître de Bushûden-Kiraku-ryû, une école traditionnelle de Ju-jitsu comprenant des techniques d’armes qui remonte à 400 ans. Le nom de cette école se traduit par École (ryû) du Ki facile, simple (raku), et par extension, souple, aisé, sans gêne, confortable, libre.
Kunihiko Tatsuzawa connaît et enseigne d’autres écoles traditionnelles japonaises : Shinkage-ryû, Sanshin Araki-ryû, Tenshin Shinyo-ryû – l’école de ju-jitsu qui est à l’origine du Judo, Choku Yushin-ryû, et Niten-ichi-ryu hyô hô – l’école de deux sabres de Miyamoto Musashi.

Tatsushi Sai et un autre élève
Tatsushi Sai et un autre élève

 

Le Bushû-den Kiraku-ryû à Paris

Dès son retour du Japon, Régis a commencé à montrer, lors des séances de formation, des techniques qu’il avait apprises avec Tatsuzawa Sensei ; ce qui attisait encore notre curiosité.
Nous avons eu la chance que Tatsuzawa Sensei soit de passage en France au mois de février 2005 et qu’il accepte volontiers la proposition de Régis de nous faire découvrir le Ju-jutsu, le Bo-jutsu (bâton long), le Tessen-jutsu (éventail), le Iai-jutsu (sortie de sabre) et des techniques des deux sabres lors d’un stage d’initiation aux arts martiaux de son école qui s’est déroulé du 5 au 8 février au dojo Tenshin. Le total de 44 personnes inscrites au stage a été reparti en deux groupes de pratiquants de différents niveaux. Trois séances par jour (en plus de la séance d’Aïkido du matin qui a été maintenue) nous ont donné l’occasion d’avoir un aperçu de cette école de Ju-jitsu et probablement encore plus du personnage de Tatsuzawa Sensei. La présence d’un assistant, Tatsushi Sai, élève de Tatsuzawa Sensei habitant à ce moment là en Allemagne, a grandement favorisé le déroulement du stage. Nous avons notamment appris que ce stage à Paris représentait la première démonstration de Bushû-den Kiraku-ryû en occident et que Tatsuzawa Sensei n’avait jamais eu l’occasion d’enseigner à autant de personnes à la fois ; en effet, très peu de japonais s’intéressent aux arts martiaux anciens au point que la connaissance du Bushû-den Kiraku-ryû risque de se perdre bientôt.

Les armes de l'Ecole Bushuden Kiraku ryu

Le Bushû-den Kiraku-ryû et l’Ecole Itsuo Tsuda

Ce dernier constat explique en partie la proposition que Tatsuzawa Sensei a faite à Régis : reconnaissant et appréciant notamment son état d’esprit, il voudrait que Régis devienne le 20e Maître de son école. Régis a d’abord refusé cette offre, car, vu son emploi du temps déjà très chargé, il n’est pas en mesure d’assurer l’investissement que demanderait la prise en charge de la continuation de cette école de Ju-jitsu. De ce fait il a proposé à Tatsuzawa Sensei que cette continuité soit assurée en collaboration avec des élèves, ce qui implique donc un positionnement de l’Ecole Itsuo Tsuda dans son ensemble. Régis aurait dans ce cas la responsabilité de l’enseignement, en donnant en quelque sorte une garantie morale ; au vu de cette condition Tatsuzawa Sensei était prêt à accepter la participation de l’Ecole.

D’une part nous avions appris entre temps que cette école semble être une des origines directes de l’Aïkido (à ce sujet, consultez l’article du Karaté Bushido n° 20, paru en mai/juillet 2004), ce qui donne un sens à son intégration ; aussi au vu de la dégradation que l’Aïkido moderne subit de nos jours…. Et d’autre part, comme nous l’avons dit au début de ce texte, cette école de Ju-jitsu était de toute façon déjà très liée au style d’Aïkido que Régis nous enseigne (rappelons que Maître Tsuda n’enseignait que très rarement les techniques d’armes ; c’est en effet le travail que Régis a pu faire à ce niveau là avec Kunihiko Tatsuzawa dans les années 70 qui a fortement marqué sa façon de pratiquer). Il a été clair depuis le début que notre but n’est pas de devenir une école de Ju-jitsu, par conséquent, il fallait trouver une façon d’intégrer le Bushûden-Kiraku-Ryu tout en évitant de détourner notre pratique de l’Aïkido.

Tatsushi Sai

Diverses réflexions ont abouti à la proposition de créer un groupe de personnes qui s’engagent à apprendre le Bushû-den Kiraku-ryû et à le retransmettre ultérieurement tout en évitant tout amalgame avec la pratique de l’Aïkido. Il a été nécessaire de limiter l’accès à ce groupe aux personnes ayant un minimum d’ancienneté notamment en ce qui concerne une bonne connaissance de l’Aïkido tant au niveau de la technique que de l’état d’esprit.

Cet engagement impliquait en outre d’être disposé à apprendre beaucoup de techniques dans un délai très bref, étant donné que Tatsushi Sai ne pouvait venir que pour quelques week-ends dans l’année et cela pendant seulement deux ans. A la suite de quoi il est reparti au Japon.

Un travail de montage des films tournés durant les week-ends et d’entraînement régulier pour répéter ce qui a été appris s’imposait également – en bref, un engagement fort était demandé… Dix personnes se sont décidées à participer à ce groupe de Ju-jitsu.

Le premier week-end de Ju-jitsu a eu lieu en avril 2005. Depuis lors d’autres stages ont suivi. Le déroulement de ces week-ends se compose d’une séance de répétition des techniques apprises la fois d’avant et ensuite de l’apprentissage de nouveaux katas – ce qui représente dans l’ensemble un travail très intensif.
L’engagement à enseigner ces techniques de Bushû-den Kiraku-ryû pris par les participants au groupe de Ju-jitsu a pu se réaliser pour la première fois lors du stage d’été au Mas d’Azil 2005. Cette transmission s’est poursuivie aux stages d’été suivants.

Work in progress…