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#1 L’idée du corps dans la culture japonaise et son démantèlement

Article de Hiroyuki Noguchi publié en 2004. Traduit de l’anglais. par l’Ecole Itsuo Tsuda1.

Au cœur de toute culture se trouve une certaine idée du corps,  et cette idée est déterminante dans le choix fait par chaque culture d’accorder de la valeur à certaines expériences de la perception plutôt qu’à d’autres. Les tentatives pour mener à bien ces expériences conduisent à l’établissement de certains principes relatifs à la façon de bouger le corps et de s’en servir ; ces principes déterminent les modèles reconnus pour la maîtrise des compétences essentielles, modèles qui vont à leur tour diffuser dans tous les domaines de l’art, créant une base très riche sur laquelle la culture peut s’épanouir. La culture du Japon traditionnel, qui s’est désintégrée sous l’effet de la Restauration Meiji, possédait bien une structure de ce type. L’idée que l’on se faisait du corps, les sensations partagées et les principes selon lesquels on bougeait, toutes ces choses qui appartenaient au Japon traditionnel étaient radicalement différentes de ce qui est arrivé de l’Occident et qui n’a cessé d’être propagé de manière aveugle par le gouvernement japonais depuis la Restauration Meiji.
Cet article montre la faiblesse des points d’ancrage du Japon moderne dont la culture est bâtie sur la destruction de ses propres traditions, et explore la possibilité pour lui de donner naissance à une culture nouvelle en portant le regard sur la structure de sa tradition culturelle perdue.

La mise en scène de la mort dans la société moderne

Il y a au Japon une politique nationale qui se poursuit sans répit jusqu’à nos jours depuis presque cent quarante ans, date du début de la Restauration Meiji en 1868. C’est la politique d’occidentalisation, qui a conduit à la désintégration continuelle de la vision japonaise traditionnelle de la vie et du corps, et ceci dans sa totalité. En acceptant cette politique, le peuple japonais a effectivement eu accès, au niveau pratique, au genre de vie d’une société moderne emplie à ras bord de technologie scientifique occidentale. En même temps, cependant, il a de ses propres mains démantelé et oblitéré une tradition vieille de deux mille ans. On ne sait toujours pas qui a véritablement été à l’origine de la réforme sociale la plus draconienne qui ait jamais eu lieu dans l’histoire du Japon, à quelle classe ces personnes appartenaient ni quels étaient leurs objectifs [Oishi, (1977)]. En tout cas, la Restauration Meiji fut déclenchée par l’ouverture des ports japonais au commerce étranger en 1854, quand le Shogunat Tokugawa, cédant à la pression militaire des Etats-Unis et des pays d’Europe, prit la décision de mettre fin à la politique d’isolement qui était la sienne depuis deux cents ans. Cette décision du Shogunat provoqua le chaos dans la nation toute entière. Les samouraï, irrités par la lâcheté de la position du Shogunat, se soulevèrent, tandis que l’exportation de la soie grège provoquait une tourmente économique causée par une très forte augmentation des prix. Face à la pression venant de l’intérieur comme de l’extérieur du pays, Tokugawa Yoshinobu, alors Shogun, n’eut pas d’autre choix que d’abandonner le pouvoir en 1867.
Le nouveau gouvernement Meiji établit un Etat de type impérial sur le modèle de la monarchie constitutionnelle prussienne, institua un Shintoisme d’Etat à caractère nationaliste  en lieu et place du Christianisme qui est au centre la culture occidentale et entama rapidement une re-création de la nation. Tandis que dans les institutions politiques, l’économie et l’industrie, étaient appliquées des réformes basées sur les modèles occidentaux, la politique de modernisation, d’occidentalisation et de progrès scientifique atteignait aussi les modes de vie de l’ensemble de la population.
En apparence, cette politique d’occidentalisation semblait être mise en place pour guider le peuple japonais dans son adaptation à son nouveau gouvernement construit en l’espace très court de deux ans après l’effondrement du Shogunat. En réalité cependant, elle visait à rejeter et à démanteler tous les aspects de la culture traditionnelle japonaise en glorifiant la civilisation occidentale de manière permanente. Cette politique comportait trois axes principaux : la propagande, les ordres et les réglementations émanant du gouvernement, et le contrôle de l’information, aucune place n’étant laissée pour permettre à la culture traditionnelle de coexister avec l’ordre nouveau.
Les familles impériales et royales furent les premières à adopter le mode de vie occidental, comme si elles se posaient en exemple pour le reste de la nation, provoquant dans la population une soif pour tout ce qui venait de l’Occident. Ainsi l’empereur, symbole du Japon, en vint aussi à servir de symbole de l’occidentalisation. Les médias suivirent, propageant des vues superficielles qui glorifiaient la civilisation occidentale et
boycottaient la tradition. Leur slogan, «Bunmei kaika» (l’épanouissement de la civilisation) résonnait dans tout le pays.
Même les cerisiers sauvages, qui avaient été adorés à travers toute notre histoire, furent coupés et utilisés comme bois de chauffage dans tout le pays, parce qu’ils rappelaient l’ancien système féodal.

Cerisiers, 1592. De Hasegawa Tōhaku et Hasegawa Kyūzō, Chishaku-in.
Cerisiers sauvages, 1592. De Hasegawa Tōhaku et Hasegawa Kyūzō, Chishaku-in.

Et à leur place le someiyoshino, un cerisier hybride créé artificiellement, était prisé car c’était un produit de la science : il se développe dans n’importe quel type de sol, fleurit magnifiquement et presque simultanément partout, et possède une beauté uniforme qui vient du fait que ses fleurs s’ouvrent avant qu’une seule feuille ne soit apparue sur ses branches. Mais, comme toutes les plantes créées artificiellement, le someiyoshino n’a aucun parfum ; il n’a pas hérité du parfum intense du cerisier sauvage. Et tandis que la durée de vie d’un cerisier sauvage est estimée à trois cents, et parfois cinq cents ans, le someiyoshino ne vit que soixante-dix ou quatre-vingts ans [Horibe, (2003)]. Ce cerisier artificiel à la beauté uniforme, privé de parfum et de longévité par la main de l’homme, a été planté dans tout le pays et on a fini par le désigner comme étant la fleur nationale du Japon. Si la naissance de la civilisation occidentale moderne peut être comparée à l’épanouissement d’une fleur enracinée dans le terrain des cultures traditionnelles de l’Occident, alors la modernité au Japon est une fleur artificielle qui n’est pas issue d’un terrain réel. Le destin qu’ont connu les cerisiers révèle la vraie nature de la modernité artificielle et déformée qui émerge dans notre pays.
Naturellement, la destruction des cerisiers sauvages ne représentait qu’une petite partie des changements colossaux en train de se produire. Un des aspects les plus marquants de l’activité destructrice de la Restauration fut peut-être le décret du gouvernement instaurant la séparation entre Shinto et Bouddhisme. Cette mesure, qui fut appliquée pour établir le Shinto d’État, déclencha un mouvement anti-bouddhiste qui amena à la destruction de temples, de statues et de chambres de thé de grande valeur historique dans tout le pays.
Il a même été interdit, après la Restauration, de jouer des pièces de théâtre traditionnel Nô, et presque tous les acteurs de Nô ont dû se tourner vers d’autres métiers ou arrêter leur activité.
Au milieu de cette atmosphère de rejet total de tout ce qui était traditionnel, on propagea la façon de s’habiller à l’occidentale, au début par le biais de l’uniforme pour les militaires et les fonctionnaires. En même temps, on introduisit la façon de manger occidentale par le biais des repas servis dans les hôpitaux et  l’architecture occidentale par les équipements publics. Porter des cravates et des vêtements qui se boutonnent, manger du bœuf, boire du lait de vache, entrer dans un bâtiment sans enlever ses chaussures, toutes ces choses que le peuple japonais
n’avait jamais faites au cours de ses deux mille ans d’histoire, devinrent les premiers gages de loyauté imposés par le gouvernement Meiji.
Le gouvernement se mit alors à édicter un nombre croissant d’interdictions et de mesures contraignant les individus à changer de branche d’activité ou à quitter le service public. Par exemple, la décision d’introduire la médecine occidentale en tant que médecine officielle du Japon s’accompagna d’un effort gigantesque du gouvernement pour éradiquer la pratique très ancienne de la médecine chinoise. Les praticiens de médecine chinoise opposèrent une forte résistance et il fallut finalement plus de quarante ans pour que cet effort aboutisse. Au cours de cette période, en vue de décider laquelle des deux médecines était supérieure à l’autre, on installa un hôpital chargé de recueillir les données concernant l’efficacité des deux médecines par rapport à une maladie, le béribéri. Pourtant, le résultat de ce qu’on a appelé la compétition Est-Ouest à propos du béribéri fut un match nul, et les conflits entre les deux écoles s’intensifièrent, conduisant même à une tentative d’assassinat contre Sohaku Asada, célèbre docteur de médecine chinoise et leader de la résistance [Fukagawa, (1956)]. C’est là qu’on peut bien voir la nature machiavélique de la politique d’occidentalisation du gouvernement Meiji. Un coup d’œil aux articles de journaux de cette époque-là montre une série d’écrits irrationnels comme celui-ci : « Comparée aux affreux liquides noirâtres préparés par les docteurs de médecine chinoise, voyez la splendide blancheur des poudres de la médecine occidentale ! » Les praticiens de médecine chinoise étaient forcés d’affronter des accusations injustes de ce genre répandues par les médias.
L’introduction de la médecine occidentale visait à accomplir davantage que l’occidentalisation des pratiques médicales. Il s’agissait essentiellement d’une politique dirigée contre le Shogunat. Par exemple, la conservation des pratiques d’acupuncture qui n’existaient pas dans la médecine occidentale, ressemblait de l’extérieur à une mesure de sauvetage en faveur des aveugles, qui étaient traditionnellement relégués dans ce genre de travail. Cependant la pratique d’acupuncture reconnue par le Shogunat était celle de l’acupuncture japonaise qui avait été créée à partir de l’acupuncture chinoise mais complètement revue et améliorée. Ce fut donc l’acupuncture japonaise qu’on frappa d’interdiction et on ordonna aux praticiens d’exercer à la place l’acupuncture chinoise [Machida, (1985)]. En d’autres termes, ce qui caractérisait la politique d’occidentalisation c’était le rejet complet de la tradition japonaise, tout ce qui venait de l’étranger étant accueilli et considéré comme ayant une grande valeur.
Les étudiants dans différents domaines comme l’architecture, la cuisine et la médecine furent tous obligés d’apprendre les théories occidentales, s’ils voulaient obtenir les permis officiels pour exercer, que le gouvernement venait d’instituer. Le gouvernement tentait, en mettant en place ces systèmes, de couper la chaîne de transmission du savoir expérimental et ainsi de mettre fin à la tradition de l’apprentissage. Par exemple, en imposant aux architectes japonais l’étude de la théorie occidentale basée sur le système métrique, le gouvernement réussit effectivement à empêcher les maîtres charpentiers de transmettre leur savoir à leurs apprentis, car leur art était basé sur le système de mesure traditionnel japonais [Matsuura, (2002)].

menusier
travail du bois, vers 1877-1878.

Au Japon, les méthodes traditionnelles de construction qui avaient permis d’édifier les plus grandes structures en bois du monde, ayant de plus une durée de vie d’un millénaire, étaient basées sur des principes théoriques complètement différents de ceux des méthodes occidentales. Emporté par la vague de culte des théories occidentales, le gouvernement continue néanmoins encore à l’heure actuelle à imposer l’occidentalisation de l’architecture, sans examiner ni  reconnaître la valeur des méthodes traditionnelles de son pays. En 1959, le gouvernement a adopté une résolution officielle, proposée par l’Institut d’Architecture du Japon, interdisant la construction de bâtiments en bois. Six ans plus tard, il interdisait l’utilisation du système de mesure traditionnel japonais. Les codes japonais de la construction préconisent les structures en béton qui ont l’avantage de transformer les villes en forteresses, et cela conduit à la disparition des structures en bois qui, issues de cette terre et de son climat, ont été les piliers du mode de vie des Japonais pendant deux mille ans. Le résultat de tout cela, c’est que les magnifiques forêts du Japon sont maintenant en train de péricliter.
Le contrôle de l’information par le gouvernement s’appliqua également au nouveau système d’éducation établi en 1872. Celui-ci, avec son programme entièrement basé sur les théories occidentales, est devenu une place forte dans le processus
d’occidentalisation. Le système éducatif, tendancieux car tout à la gloire du mode d’étude occidental, amenait l’intellect et la sensibilité des Japonais à ignorer et à dédaigner leur propre culture traditionnelle.
Même les matières comme l’art, la musique et l’éducation physique, dont le but est de cultiver la sensibilité esthétique des étudiants, sans parler des matières plus générales, ont joué un rôle majeur pour démanteler la culture traditionnelle et stimuler le processus d’occidentalisation.
L’enseignement artistique introduisit les couleurs éclatantes de la palette occidentale, tandis que les couleurs japonaises traditionnelles tombaient dans l’oubli et qu’on n’enseignait plus leurs principes d’harmonie. La sensibilité aux couleurs, très riche dans la tradition japonaise est évidente si l’on regarde les kimono ou les encadrements traditionnels des calligraphies et des peintures. Un catalogue d’échantillons de teintes destiné aux fabricants de kimono dans la période d’Edo montre cent teintes de gris différents et quarante-huit teintes de marron, chacune ayant un nom particulier [Nagasaki, (2001)]. Les teinturiers capables de créer une telle variété de couleurs à partir de végétaux démontraient là leur savoir-faire admirable. Mais ce qui est encore plus étonnant c’est que les couturiers et même les clients étaient capables de distinguer toutes ces nuances. Pour les Japonais, la couleur était une chose qui se fondait dans le tissu ; les couleurs devaient mettre en valeur la qualité inhérente au matériau brut. Les nouvelles couleurs venant de l’Occident, au contraire, formaient une couche plaquée sur le matériau brut. Cette confrontation porta un choc et troubla la sensibilité subtile aux couleurs qui avait été celle des Japonais jusque-là. Cent quarante ans plus tard, le résultat de cette éducation se manifeste à l’évidence dans le goût vulgaire des couleurs que l’on voit dans les villes du Japon moderne. Dans les rues, ni les enseignes des magasins ni les prospectus ne montrent la moindre trace de subtilité. C’est comme si l’utilisation de couleurs intenses et voyantes pouvait à elle seule suffire pour imiter la perception occidentale des couleurs. Pareille éducation a certainement gâché le talent de plus d’un artiste doué qui aurait pu produire d’excellentes peintures japonaises [Nakamura, (2000)].

Capture
vers 1877-1878.

En même temps, l’éducation musicale perturbait la conception traditionnelle du son. La sensibilité japonaise par rapport au son est issue de la religion. On considérait que le son produit avec une intensité et une concentration profondes avait le pouvoir de nettoyer les impuretés. Les techniques du ki-ai transmises par les prêtres shinto et les ascètes des montagnes, les psalmodies des moines bouddhistes, et même l’action de faire le ménage, tout cela était des pratiques religieuses, ou, si l’on veut, de la musique, basées sur le mystère du son. L’utilisation du hataki – instrument à épousseter fait de papier monté sur un manche – et du balai, vient des rituels shinto qui invitaient la divinité en purifiant le milieu ambiant au moyen du son. On ne les utilisait pas dans un but de propreté hygiénique. Le son du noh-kan (flûte de bambou du théâtre Nô) servait pour repousser les morts, et le shino-bue (flûte de roseau) pour inviter les morts dans notre monde. Le sens profond qu’avait le son dans la culture japonaise traditionnelle était basé sur une sensibilité à cet égard totalement différente de celle qu’on trouve dans la musique occidentale. Cependant, dans les écoles, on enseignait seulement la musique occidentale, basée sur la gamme tempérée qui est en réalité une exception parmi les musiques de tous les autres pays de la planète, et les étudiants qui chantaient en utilisant les gammes traditionnelles japonaises étaient traités comme des sourds qui n’entendaient pas les tons.
De même, l’éducation physique a détruit les façons dont traditionnellement on bougeait le corps (voir plus loin dans l’article), en enseignant exclusivement des exercices et des
mouvements basés sur les principes de mouvement venant de l’Occident. Il en a résulté l’apparition de grandes disparités dans la perception du corps, entre l’ancienne et les nouvelles générations, rendant particulièrement difficile la transmission, des parents aux enfants, de la culture de tout ce qui concernait le corps. Suite à cela, il y a aujourd’hui de nombreux adultes incapables d’utiliser simplement des baguettes correctement, sans parler du fait de s’asseoir à la manière traditionnelle, en seiza.

Japon 1869-1942

Ces cent quarante années d’éducation ainsi orientée ont contraint l’intellect des Japonais à s’employer uniquement à traduire, à interpréter et à imiter la civilisation occidentale. Certes, durant ces années, le Japon a produit des appareils électroniques de haute qualité, et des automobiles que l’on appelait en plaisantant des salles de séjour mobiles, mais ces choses-là n’ont rien à voir avec la culture japonaise. Elles sont plutôt tout simplement l’expression du choc que la rencontre avec la civilisation occidentale moderne a fait vivre aux Japonais. Autrement dit, ce sont les copies de l’image de la civilisation moderne telle qu’elle se reflète dans l’œil des Japonais. Ces sièges de voiture et ces suspensions bizarres et exagérément douces sont un écho de la sensation douce et agréable que les Japonais, qui jusque-là ne s’étaient jamais assis que sur des tatami durs, ont eue en s’asseyant pour la première fois dans des sofas de style occidental. Les appareils électroniques excessivement efficaces, équipés de plus de fonctions que ce que la moyenne des gens peut utiliser, sont l’expression de l’impact ressenti par les Japonais aveuglés par la lumière éclatante des ampoules électriques, après avoir vécu si longtemps à la lueur vacillante des bougies japonaises de l’ancien temps.
La politique de fermeture si longtemps appliquée par le Japon a faussé le processus de la rencontre avec la civilisation occidentale. N’ayant aucun dénominateur commun avec les sociétés modernes de l’Occident, les Japonais ont transformé la formidable sensation de différence qui était la leur en glorification et en culte, dans une réaction d’autoprotection.
Depuis la Restauration Meiji, le Japon a démantelé de façon très efficace sa propre culture traditionnelle. Cependant, il n’a pas été capable de créer une nouvelle culture, de quelque sorte que ce soit, par l’assimilation de la civilisation occidentale. C’est, bien sûr, tout à fait naturel, puisque la culture ne peut pas naître seulement de l’imitation ni de l’envie. Aveuglés par l’image brillante de la civilisation moderne, les Japonais ont manqué la rencontre avec la véritable culture qui a donné naissance à cette civilisation, qui l’a nourrie et en a permis le fonctionnement. Autrement dit, ils n’ont jamais vraiment compris les façons de sentir traditionnelles des peuples occidentaux et là réside la tragédie que vit le Japon aujourd’hui. Bien entendu, il est impossible de transplanter une culture. La culture d’un pays, nourrie par l’expérience accumulée par des siècles de tradition, appartient au pays qui l’a fait naître et à lui seul. Elle ne peut être absorbée ni imitée par aucun autre. La pensée scientifique, fondée sur le pragmatisme, l’objectivisme et le positivisme, auxquels le Japon a si avidement tenté d’atteindre depuis la Restauration, a donc nécessairement été elle aussi un produit inévitable de la culture – du pays et de l’esprit – des pays occidentaux. Les scientifiques Japonais qui participent pour la première fois à des congrès internationaux sont toujours suffoqués de découvrir que les scientifiques occidentaux mentionnent Dieu sans aucune hésitation au cours des débats. La raison en est qu’au Japon être un scientifique signifie nécessairement que l’on est du même coup matérialiste et athée. Pour le Japon d’après la Restauration, la science a tenu lieu de vertu et aussi de religion ou de foi.
Le Japon moderne est  ainsi devenu une anomalie dans l’histoire mondiale – un pur produit de la modernité, établi sans qu’il y ait la moindre base reposant sur une véritable
culture. C’est un pays où ont lieu des expériences de la plus extrême modernité.
Après tout, la culture n’est rien d’autre que la capacité à faire du monde où nous vivons un monde de richesse et de beauté. C’est la capacité à continuellement transformer et recomposer l’espace-temps objectif en espace-temps humain. Par la découverte et le partage de cette capacité inhérente à la culture, elle permet au peuple d’un pays de révéler toute sa beauté. Néanmoins, en même temps, elle est porteuse d’un dangereux potentiel d’auto-destruction parce que, par nature, son existence et sa valeur ne peuvent pas être perçus par ceux qui vivent en son sein, ceux dont la vie même est fondée sur elle.
C’est la façon dont se déroulent la naissance et la mort qui symbolise le plus directement la culture d’un pays donné. Dans le Japon d’aujourd’hui, la mort se déroule dans une mise en scène dominée par la machine. Son décor est l’hôpital, où les gens sont gardés grâce à des systèmes qui les maintiennent en vie. Derrière les portes closes de leurs salles d’attente, les médecins appellent cela le syndrome du légume. Ce sont les scènes que nous voyons dans les services de gériatrie, où nos aînés ont les bras et les jambes ligotés par des courroies qui les empêchent d’arracher par des mouvements inconscients tous les branchements qu’on leur a mis sur le corps. Ce que nous avons devant les yeux, ce n’est pas la vision sacrée d’une personne qui arrive au dernier chapitre de sa vie. Ce n’est pas la transmission d’un parent à son enfant de la plus profonde et dernière parole, le fait de rendre son dernier souffle, acte qui, à travers toute l’histoire, a été considéré comme un des plus importants de la vie humaine. Dans les trente minutes à peine suivant la mort de quelqu’un, les vendeurs de pompes funèbres entrent en scène devant les membres de la famille. Depuis ces dernières années, les marchands en quête d’organes pour les transplantations passent avant. C’est cette image scientifique vide de la mort qui symbolise la modernité de notre nation, et il en est ainsi parce que la société moderne sépare le corps de la vie, le corps de la personnalité, le corps de l’individu. Notre gouvernement moderne épris de liberté ne dirige peut-être pas la vie des citoyens mais il a assurément la haute main sur leur corps. Alors que la liberté est reconnue dans la plupart des domaines, il n’y a pas un seul pays développé qui reconnaisse la liberté de choix en ce qui concerne le traitement médical. Si notre corps était considéré comme inséparable de la vie que nous menons, alors le choix concernant les traitements médicaux et la façon dont on naît et dont on meurt, serait une question qu’il appartiendrait à chaque individu de voir selon son idéologie et sa manière de penser. Les nations modernes, cependant, ont mis en œuvre la médecine occidentale, qui considère le corps et la vie comme des entités séparées, en tant que médecine officielle. De cette façon, elles s’efforcent de contrôler la naissance, le traitement médical, et la mort, c’est à dire nos corps. Selon la science médicale occidentale, le corps n’est qu’un instrument, une machine qui doit fonctionner selon la volonté de son possesseur. Par conséquent il n’y a aucune différence entre le fait de recevoir un traitement médical et celui de réparer une machine cassée, et la mort équivaut simplement à la production de déchets. Les hôpitaux se sont déjà transformés en installations industrielles pour gérer les déchets, les transplantations d’organes faisant partie de leur activité économique de recyclage. Quiconque voit quelque chose d’étrange dans ce tableau de la mort mécanisée qui est maintenant la norme dans les hôpitaux au Japon se rendra compte immédiatement que la science à elle toute seule ne peut absolument pas devenir une culture.
Au moment où nous saluons le 21ème siècle, l’heure est peut-être venue pour nous de faire retour sur la désintégration de notre culture traditionnelle qui a commencé avec la Restauration Meiji. Le temps écoulé ne peut jamais être récupéré, mais nous devons au moins arriver à comprendre suffisamment notre passé pour être capables de faire le deuil de sa perte. Nous devrions maintenant porter le regard sur notre culture perdue de manière à pouvoir avancer dans la direction de donner forme à la nouvelle culture en devenir.

suite de l’article : #2 Sentir la vie au sein de toute chose

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Article de Hiroyuki Noguchi publié en 2004. Traduit de l’anglais. par l’Ecole Itsuo Tsuda1.

1Journal of Sport and Health Science, Vol. 2, 8-24, 2004. http : //wwwsoc.nii ac jp/jspe3/index.htm.

Sources des images :

  • « Cherry Tree » from Cherry and Maple, Color Painting of Gold-Foil Paper Shimizu, Christine: L’art japonais, Flammarion  https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cherry-tree.jpg
  • Stillfried & Andersen. Views and costumes of Japan d’après des négatifs de Raimund von Stillfried, Felice Beato et autres photographes. Vers 1877-1878.
  • Stillfried & Andersen. Views and costumes of Japan d’après des négatifs de Raimund von Stillfried, Felice Beato et autres photographes. Vers 1877-1878.
  • Genthe, Arnold, 1869-1942, photographer. Arnold Genthe Collection (Library of Congress). Negatives and transparencies. http://www.loc.gov/pictures/item/agc1996015771/PP/

Sortir du dualisme

Par Régis Soavi

Soulevez le ciel puis repoussez la terre_TSUDA_WEBAborder le thème omote – ura en Aïkido m’évoque immédiatement Yang – Yin (yo – in en japonais).
Cependant en Occident la tendance générale est de le percevoir de façon manichéenne et même, on oppose l’un à l’autre, on divise le lumineux et l’obscur, on catégorise, on dit positif ou négatif, avec en plus toutes les références que cela nous rappelle, scolaires ou même sexistes. C’est très facile, nous avons des habitudes, nous n’y pensons même pas.
On représente le Tao à plat bien dessiné, ou mieux sous forme de boule où le yin et le yang s’interpénètrent, mais en réalité chacun reste à sa place : toi, moi, lui, l’autre.
On disserte philosophiquement sur l’un ou l’autre, on oublie les grands penseurs chinois : Lao Tseu, Tchouang Tseu, Li Tseu, ou Sun Tse, pour les plus célèbres.
Le noir ou le blanc, le yin ou le yang. Et le gris c’est quoi ?
Si on reste dans une pensée dualiste c’est un mélange des deux.
Mon Maître Itsuo Tsuda ne citait pratiquement jamais omote ou ura, d’ailleurs il donnait rarement un nom japonnais à ce qu’il faisait ou montrait. Parfaitement bilingue, il a toujours privilégié le français pour ses explications, et particulièrement dans ses livres qu’il écrivait d’un seul jet, sans quasiment aucune correction.
Il savait guider notre sensibilité et nous faire percevoir grâce à la pratique du Katsugen undo (Mouvement régénérateur), du yuki, et surtout par son toucher ou même sa présence silencieuse, ce monde non dualiste qu’il était venu nous faire découvrir.

Découvrir avec le corps

Aïkido, c’est découvrir avec son corps, je veux dire physiquement, concrètement, sentir courir les fluides suivant les réseaux à tendance yin ou yang.

le yin devient yang
le yin devient yang

Quand pendant une séance on cite omote ou ura, on ne cite généralement que l’ensemble du mouvement, sa tendance, éventuellement son final.
C’est la respiration qui peut nous aider à mieux comprendre, sentir, de quoi il s’agit. Il vaut mieux commencer par un travail avec un rythme plutôt lent, si on va trop vite dès le début on risque fort de ne pas y arriver. On se concentre sur la respiration, on suit l’inspiration, l’expiration, on bouge en se concentrant sur la sensation intérieure, on peut travailler ce genre d’exercice avec un partenaire en fermant les yeux et en restant concentré sur le centre. Les bras par exemple s’ouvrent ou se ferment indépendamment de notre volonté, ils obéissent à une nécessité qui découle du yin ou du yang.

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« Soulevez le ciel puis repoussez la terre » en action

Si on veut pratiquer l’Aïkido comme une pratique du Non Faire, tout le travail se fait au niveau du sentir, on creuse, on approfondit et petit à petit cela bouge en nous et un jour on s’aperçoit que l’on a dépassé quelque chose. Ce mur qui nous bloquait, qui rendait notre technique dure ou incertaine, et donc artificielle, complètement hors de la réalité, est tombé. C’est à ce moment que l’on se sent libre, tellement libre. La recherche alors prend une toute autre tournure. La perception du yin, du yang devient une évidence. C’est quelque chose que j’aurai du mal à expliquer avec des mots, car tout devient simple : les gestes, les déplacements, il n’y a plus de mentalisation. C’est direct à partir du centre, et qui plus est, une grande douceur s’installe en nous, une douceur qui peut être yin ou yang, mais qui dans tout les cas est très forte, une douceur d’une grande puissance qui agit et sait agir en harmonie avec le partenaire ou avec l’adversaire, si éventuellement les circonstances nous ont amené dans une situation telle que celui qui se trouve en face de nous se comporte ainsi.
La tendance pendant l’inspiration est plutôt à l’ouverture et donc yin ; l’expiration ferme le corps et sa tendance est yang. Grâce à la respiration déjà, si on est attentif, on peut sentir le yin et le yang, mais ils ne sont que l’expression et la direction d’une énergie qui s’est matérialisée.
La partie visible, celle que le corps physique pourra éventuellement utiliser est prête.
Dans le corps la face, le devant, est yin et le dos est yang, bien que les jambes soient yang devant et yin derrière : ceci est admis dans toutes les écoles, mais le passage du ki de l’un à l’autre est rarement explicité dans les arts martiaux, on reste souvent dans le général.
Ma rencontre avec Itsuo Tsuda, la pratique du Katsugen undo, la découverte du Seitai de Maître Haruchika Noguchi ont été déterminantes dans ma recherche et m’ont permis une compréhension du corps, de son mouvement qui m’avait manqué jusqu’alors. Certaines zones qui étaient demeurées vagues dans l’enseignement de l’Aïkido, comme le hara, sont devenues extrêmement précises dans le Seitai. On peut par exemple vérifier l’état des « trois points du ventre ». Le premier qui doit être yin, le deuxième qui doit être neutre, et le troisième yang, bien positif et rebondissant.
« Le but du Mouvement régénérateur est de régulariser notre organisme, de le seitaiser.
Régulariser notre organisme n’est pas seulement nécessaire pour nous rendre bien portants. Quel que soit le genre d’activité qu’on exerce, qu’il s’agisse de faire la calligraphie, de faire le dessin ou de pratiquer les arts martiaux, il faut tout d’abord commencer par régulariser notre organisme, autrement on risque de tomber à côté. »1

Non faire et non dualisme

Dans l’Aïkido nous laissons le ki surgir du seika tanden, du hara (3ème point du ventre dans le Seitai), et sa tendance est yang car il résulte de la force qui vient du dos, force qui ne s’exprimera pas au niveau des épaules, comme on le voit trop souvent, mais bien sûr grâce au koshi.
Le point de passage de cette force, de ce ki devenu yang, est la 3ème lombaire qui justement est en position yin dans la colonne vertébrale. Si on visualise la respiration abdominale on constate que l’inspiration yin gonfle l’abdomen et prépare l’acte qui sera yang, et en même temps, le ki descend le long de la colonne vertébrale et irrigue l’ensemble du corps2.
Lorsque le ki sort directement au niveau du centre sa tendance est donc yang, mais en fonction du circuit qu’il va prendre il s’exprimera sous forme yin ou yang. Si il suit les circuits internes du ventre, des bras, la face interne du corps, alors il devient yin, sinon son expression est yang. La force qui en résulte sera aussi yang ou yin en fonction du moment de son utilisation.
Car bien sûr, dans un monde non séparé, le temps fait lui aussi partie de cette unité. Bien que l’on puisse ralentir ou accélérer le moment d’un impact par exemple, de façon à se trouver de manière très précise à l’endroit juste, au moment juste, avec la respiration juste et le ki juste, tout cela ne se fera que grâce à la coordination que réussira à faire notre « système involontaire ». C’est là précisément que l’enseignement d’Itsuo Tsuda apporta des éléments décisifs. Car, en nous faisant entrer dans le monde de la sensation, en insistant sur le Non Faire, en nous permettant de découvrir le non dualisme, il nous a donné des clés que nous pouvons utiliser encore aujourd’hui, car elles sont à la portée de tous, comme ses livres en témoignent.

Yin et Yang

Si on décompose un mouvement comme ryo te dori ten chi nage dans la forme omote, uke arrive avec une force yang. Il est en pleine expire, tori le reçoit à la fin de son yang, le yin a déjà grandi en lui, il est devenu incompressible, il va grandir encore et submerger uke. Puis c’est au tour du yang de grandir, on le constate par le fait que les bras se retournent, cette fois c’est la ligne de démarcation entre yang et yin qui passe du bas vers le haut. Mais pour uke le mouvement a démarré au début de l’inspire, ne pouvant résister il se détache et chute comme lorsqu’un fruit est mûr à point et tombe dans la main. Dans la forme ura, tori doit attendre car le yang est trop puissant encore, il tourne pour dévier cette force mais dès qu’il a reconstitué sa force yin, il peut utiliser alors le yang pour repartir en omote ou bien laisser le yin continuer son travail jusqu’à enveloppement total de uke.

Tenshi-nage-ura
Tenshi Nage Ura. Le Yin devient Yang

De même dans le kokyu ho, il y a différentes façons de faire : soit on projette tout de suite la force yang, soit on laisse grandir la force yin pour à la fin utiliser le yang. Là encore tout dépend de l’état, du moment, du partenaire.

La force yang est plus directe, plus dirigiste que le yin, mais elle peux nous durcir facilement. Les pères trop autoritaires connaissent ce problème avec leurs enfants et la rupture est souvent consommée au moment de l’adolescence.
La force yin est enveloppante, douce mais parfois mal utilisée, comme le font certaines mères. Elles risquent d’emprisonner l’enfant et il peinera à sortir de l’empreinte, du cocon familial.
Idéalement le yin lorsqu’il se termine permet l’envol du lumineux, après le travail intérieur, « obscur », de la préparation qu’est l’enfance, un véritable détachement sans rupture, comme le fruit mûr se détache de l’arbre au moment juste. L’envol du lumineux c’est la liberté sans pensée. La possibilité d’être son propre TAO. Tout simplement la réalisation de l’être.

Les sphères du corps

SPHERES_Irimi_WEBNotre corps se présente entre autre avec une surface externe : la peau, c’est en quelque sorte la sphère matérielle. Mais nous ne sommes pas limités par la peau, elle délimite seulement le yin interne du yang externe, ura et omote. Cette surface est une sphère qui a pris la forme d’un être humain.
Au delà de celle-ci existe une autre sphère que chacun peut sentir instinctivement. Elle se présente plutôt sous la forme d’un œuf déformable en fonction des besoins. Cette sphère est souvent représentée dans les religions, on l’appelle Mandorle ou bien Aura. Elle est la représentation visuelle d’une réalité ressentie par des peuples entiers, et maintenue vivante dans les arts martiaux. Elle aussi est yin au dedans et yang au dehors avec une limite extrêmement précise, on peux ainsi constater que ce qui est yang par rapport à la peau est yin par rapport à la sphère énergétique.

Irimi et tenkan

Irimi nage
Irimi nage

Quand on fait irimi par exemple, on fait entrer uke dans notre sphère yin, on le soulage de son ki yang en excès devenu dur, rigide, on normalise son terrain, on lui permet de retrouver un équilibre interne. Puis dans irimi nage on finit par un mouvement yang qui provoquera chez lui le désir de chuter pour éviter le pire. Par contre dans tenkan les deux sphères se frôlent et ne s’interpénètrent qu’au niveau de la main. Les surfaces yang poussées, soutenues par le yin interne, devenues fortes, se côtoient, se repoussent et glissent l’une contre l’autre.
Si tori glisse le coude en entrant dans la sphère de uke, alors son mouvement yin grandira jusqu’à  submerger uke qui là aussi, chutera afin d’éviter les inconvénients de ce retournement de situation.

Dans notre École, la première partie de la séance d’Aikïdo est une pratique solitaire. Un des exercices consiste à soulever les bras paumes tournées vers le ciel, puis à les abaisser. Itsuo Tsuda nous disait : « Soulevez le ciel puis repoussez la terre. » Il y a différentes manières de faire cet exercice. Si on essaie de soulever avec le yang les épaules vont se tendre, si on essaie de repousser la terre avec le yin on restera coincé au milieu du mouvement. Lever les bras en faisant corps avec le ciel (yin) et descendre en harmonie avec la terre (yang), c’était ce genre de travail, de visualisation, que j’ai commencé avec mon Maître et que je continue depuis plus de quarante ans.

Rendre consciente la circulation du ki, améliorer notre perception de ce mouvement, de cette sphère d’énergie, dont beaucoup parlent mais que peu perçoivent clairement, c’est ainsi que je conçois mon travail à présent.
Permettre la normalisation du terrain des personnes qui viennent au dojo, et leur donner les instruments visibles ou invisibles, conscients ou inconscients pour leur permettre d’arriver à l’indépendance, à l’autonomie, à la liberté intérieure.
Pour cela la prise de conscience de omote – ura, en tant qu’expression du yang – yin, est à mon avis indispensable.

Article de Régis Soavi sur le thème de Omote/Ura, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°11)  janvier 2016.

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Notes:

  1. Extrait de la conférence Régulariser l’organisme de Noguchi Haruchika sensei, traduction Tsuda Itsuo (Le triangle instable, chapitre XIX – Le Courrier du Livre Ed. 1980, p. 137).
  2.  Maitre Noguchi Haruchika préconisait d’ailleurs l’exercice  Sekitsui Gyōki – 脊椎行気法 ou Respiration à travers la colonne qui se fait à partir des « deuxièmes points de la tête » et qui permet la normalisation du terrain (de l’ensemble de notre corps, bien entendu de façon unitaire, physique, mental, etc).
  3. Photos de Régis Sirvent et Jérémie Logeay

Hanami à Paris

Nous avons eu le plaisir de participer à Hanami au jardin d’acclimatation de Paris les 23 et 24 avril. Le Hanami est une coutume japonaise qui consiste à contempler les fleurs, en particulier celles des cerisiers, dans la période où elles entrent en pleine floraison. Cet événement Parisien où plus de dix mille personnes ont parcouru ce jardin, était organisé en collaboration avec la Japan Expo.

Film de la démonstrations d’Aïkido, Pratique respiratoire

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#2 La respiration, philosophie vivante

respiration philosophie vivanteRetrouvez ici le deuxième entretien des Six Interviews de Itsuo Tsuda « La respiration philosophie vivante » par André Libioulle diffusées sur France Culture dans les années 1980.

 

 

 

 

ÉMISSION N° 2

Q. : Au cours de cette seconde semaine, nous allons revenir plus en détail sur les ouvrages publiés par Itsuo Tsuda. Ces ouvrages tous édités au “Courrier du Livre” à Paris sont actuellement au nombre de six : “Le Non-Faire”, “La Voie du Dépouillement”, “La Science du Particulier”, un ouvrage qui porte le titre “Un”, “Le Dialogue du Silence” et récemment “Le Triangle Instable”. Ils ont trait à la respiration et aux domaines de pensée en rapport avec elle. […]

L’Occident a séparé en concepts bien tranchés l’âme et le corps. Il a souvent aspiré à l’élévation de l’âme et il a souvent sous-estimé le corps, considéré comme lieu de tentation. Si pour Platon, l’âme est à l’étroit dans son enveloppe charnelle, prisonnière du corps, pour un homme comme Itsuo Tsuda il apparaît que c’est le corps qui est prisonnier de l’âme. Une âme qui manipule sans arrêt les abstractions et se coupe de l’élan vital. De plus en plus l’homme vit au niveau cérébral. Les espoirs de la société reposent sur l’exploitation intensive des capacités intellectuelles dans lesquelles elle voit le privilège de l’être humain. Mais cette hypertrophie cérébrale suscite un écart qui est source de déséquilibre entre les sensations, le corps comme vie, comme énergie, comme élan, et le monde construit, conceptualisé, cérébralisé. La respiration est unification, retour à soi et, si on relâche la séparation corps et âme, si l’âme cesse d’être une abstraction, alors elle est partout, elle est dans le corps aussi bien qu’en dehors.
Eh bien le “ki”, cette notion qu’on a un peu approchée dans les émissions précédentes, nous introduit à une pensée qui est celle de l’unité. C’est ce que nous allons essayer de comprendre maintenant. Il semble donc que le premier pas, Itsuo Tsuda, vers la compréhension du ki, ce soit reconnaître en nous la sensation. C’est à dire ne pas abstraire, ne pas s’imaginer vivre une sensation mais vraiment être réellement la sensation.

I.T. : Il y a un principe, qu’on reconnaît dans la médecine chinoise, c’est : la tête froide et les pieds chauds. Actuellement justement, le sens est renversé : la tête chaude et les pieds froids. On ne sent même pas les pieds. Et puis la tête s’échauffe de plus en plus. Il y a tout un facteur qui contribue à faire ça : c’est l’occidentalisation. Mais on ne peut pas rebrousser chemin. C’est une tendance qui date de longtemps. Et puis il y a des avantages évidents qui proviennent de l’occidentalisation. Mais seulement, si sur le plan matériel ça nous aide, cela nous met dans un état assez précaire sur le plan individuel. Les individus deviennent de plus en plus prisonniers de structures bien planifiées, ils ne peuvent plus se sentir vivre, eux-mêmes.

Q. : Les Européens d’ailleurs, vous l’écrivez, ont besoin de comprendre avant d’agir. Ils ne se lancent pas d’emblée dans une action.

I.T. : Ce que je fais justement, ce n’est pas de la même manière que ce qu’on fait au Japon. Souvent au Japon on n’explique pas, on se précipite tout de suite dans l’expérience, c’est à chacun de tirer la leçon, n’est-ce-pas. Eh bien, en occident ça ne marche pas. On a besoin de comprendre d’abord. Mais la compréhension ne suffit pas. J’ai beau expliquer devant des gens qui écoutent les explications sur la natation, ça ne permet pas de se plonger dans l’eau. Tant qu’on n’a pas senti le contact de l’eau, on peut remplir la tête avec toutes sortes d’explications, ça ne sert à rien.

Q. : Mais les gens vont peut-être vous argumenter : « mais à quoi ça me sert-il d’être en présence de mes sensations ? Qu’est‑ce que ça m’apporte ? »

I.T. : Eh bien, c’est la notion de “Seitai”, justement, que Noguchi a créée après la guerre. Pour le moment les gens pensent d’une façon dualiste : « voilà – il y a le bien, il y a le mal. Le mal il faut le combattre. Quand on aura combattu le mal, il nous restera le bien ». Mais en fait, nous ne cherchons pas de cette manière : nous normalisons le terrain. Ça c’est ce qu’il a appelé “Seitai” : l’organisme bien harmonisé. En occident on s’acharne à trouver la cause, on essaie d’exterminer la cause. Mais sitôt qu’on a fini avec une cause, il y en a d’autres qui surgissent. Mais ça c’est la méthode qui est conforme à la structure mentale. Mais Noguchi a apporté cette vue qui est tout à fait différente, qui transcende tout. Si votre organisme est normalisé, le même problème diminue d’importance. En occident on dit : il y a tel problème. Ça c’est défini, ça ne change pas de volume, ça reste là. Il faut attaquer de telle manière etc.

Q. : Donc il y a en somme pour l’occident une connaissance de type anatomique, de type discursive, dans laquelle on distingue la cause et les effets et en vue d’agir sur tel ou tel élément. La notion introduite par le Seitai est une notion différente. C’est la notion de sensation. Mais c’est une notion, si j’ai bien compris, dans laquelle la connaissance n’est pas exclue. Mais c’est une connaissance d’un autre type, c’est une connaissance intuitive, qualitative disons, par rapport à la notion de mesure ou de quantification occidentale.

I.T. : Le même problème augmente ou diminue d’importance selon la sensation. Une bouteille est moitié vide ou moitié pleine. Mais quantitativement c’est exactement pareil. Mais la sensation diffère, dans les deux cas. Alors il suffit d’un petit rien qui change la chose dans le comportement de l’homme. Si on se dit : « ça y est, je suis foutu », à partir de ce moment-là on ne peut plus avancer. Tandis que : « j’ai déjà fait trois pas en avant », alors on est prêt à faire un quatrième pas, n’est-ce pas.

Q. : Est-ce que vous ne pensez pas qu’il y a une notion qui est apportée par l’Occident, et qui est celle de la totalité ou de la globalité mais comprise comme un assemblage de parties ? Avec la qualité nous sommes aussi dans quelque chose de global, mais sans cette idée d’assemblage.

I.T. : Dans le Seitai, on ne regarde pas un individu comme un assemblage de diverses parties. Ça c’est l’idée fondamentale. Un individu c’est un individu, total, n’est-ce pas. Mais, chacun diffère, dans son mouvement, dans sa respiration, dans sa sensibilité. Voilà ce qui nous importe.

Q. : Vous avez parlé de Maître Noguchi à plusieurs reprises. Est-ce qu’on ne pourrait pas essayer de comprendre ce que c’est que la globalité, l’unité chez un individu à travers quelques exemples de la pratique de Maître Noguchi puisque Maître Noguchi était thérapeute. C’est lui qui est le créateur de cette méthode seitai. Alors, comment se présentait son travail ? Qu’est‑ce qui lui permettait d’appréhender des choses concrètes, spontanées ?

I.T. : Par exemple, chacun a sa vitesse biologique, qui détermine le comportement, les démarches, les mouvements etc. On l’envisage sous une forme tout à fait détachée, objective, tant par minute etc., etc., mais pour Noguchi, eh bien c’est une chose concrète. Tout provient de cette vitesse biologique qui est inhérente à l’individu. Sans cette notion de vitesse il ne peut rien faire. Mais cette…

Q. : … donc là, la notion de vitesse n’a rien à voir avec la notion de rapidité par exemple…

I.T. : … non, non…

Q. : … telle que nous la connaissons nous, c’est autre chose…

I.T. : Non. Il faut que le contact soit établi, avec la vitesse biologique de cette personne en particulier. Non pas appliquer une vitesse générale et objective. Eh bien par exemple, il y a un gosse qui arrive en criant, en pleurant parce qu’il s’est cassé un bras. Les parents disent : « C’est impossible de toucher, il pleure, il pleure… ». Mais Noguchi l’a déjà touché. « Ah, ah bon alors c’est parce qu’il n’ose pas crier devant le maître ». Non c’est pas ça. Il a touché, à la vitesse biologique, la vitesse de la respiration de l’enfant, qui lui est particulière. À ce moment-là, le gosse ne sent pas le contact, ça fait partie de lui, et c’est tellement important.

[lecture d’extraits des livres d’Itsuo Tsuda]

Q. : Vous avez écrit que Maître Noguchi pouvait dégager de l’individu par l’observation et par le toucher, quelque chose comme la notion d’un mouvement inconscient.

I.T. : Mais oui, pour lui, tous les mouvements sont cent pour cent inconscients. Nous croyons justement le contraire. Nous croyons être maîtres de nous-mêmes, alors que nous ne pouvons pas faire grand chose, et nous essayons de nous retenir, de composer devant les autres, etc. Et puis, un jour le frein lâche, et puis on se demande d’où ça vient. Pour Noguchi tout est inconscient, nous ne sommes pas maîtres de nous-mêmes.

Q. : Est-ce que Maître Noguchi faisait une distinction entre le mouvement inconscient et la posture…

I.T. : … mais la posture est la concrétisation du mouvement inconscient.

Q. : Donc la posture, elle est observable par tout un chacun… de l’extérieur, sans  préparation, alors que le mouvement inconscient lui, demande une préparation.

I.T. : La posture, si on l’imagine sous une forme militaire par exemple, “garde-à-vous” etc., alors tout le monde essaie de faire à peu près la même chose. Mais, lorsqu’on est au repos, chacun est différent.

Q. : Quelle relation y-a-t-il entre la respiration et le mouvement inconscient ?

I.T. : Il y en a qui ont la respiration coupée, par exemple. Alors à ce moment-là, la respiration monte de plus en plus haut. Maintenant, les gens respirent du haut des poumons et puis finalement quand on s’affaiblit on respire par le nez. Ce que nous faisons, c’est de faire descendre plus bas, hein, pour que nous puissions respirer du ventre, ou, si on veut, des pieds. Alors sans la pratique c’est difficile à expliquer.

Q. : La notion de respiration est une notion beaucoup plus vaste que celle de simple opération biochimique. La respiration c’est la vie, c’est le ki…, c’est le souffle, c’est l’âme…

I.T. : oui…

[Suite dans l’entretien 3]

spot stages 2016

Nous sommes heureux de vous proposer cette courte vidéo présentant le travail de Régis Soavi. Un travail qu’il mène depuis plus de trente ans, en stages et dans la pratique quotidienne.  Vous pouvez retrouver toutes les dates des prochains stages sur cette page : https://www.ecole-itsuo-tsuda.net/stages/

Sous titre en français disponible, cliquez sur la première icône à droite du lecteur vidéo.

©Ecole Itsuo Tsuda 2016
Prises de vues et réalisation Valentina Mele et Marta Andreose

Seduta dimostrativa di Aikido

« La respirazione, secondo la mia esperienza, é il fondamento stesso dell’Aikido. »
Itsuo Tsuda. La Via della Spoliazione

12642888_741882999280519_8659533301302351964_nL’insegnamento che abbiamo ricevuto e continuiamo a ricevere ci permette di constatarlo, quando siamo tranquilli nel nostro dojo, che é prezioso perché favorisce, ma anche quando siamo in trasferta, poiché é  dentro di noi.

E’ stata organizzata dal Dojo Bodai una seduta dimostrativa di Aikido il 30 gennaio 2016. Ed è stato un vero piacere per tutti quelli che se ne sono occupati. Ci saranno dal mese di febbraio delle sedute ogni mercoledì alle ore 20 per permettere, a chi volesse, di scoprire l’Aikido della Scuola Itsuo Tsuda. Il dojo che ci ha ospitati e che ci ospiterà per le sedute regolari è un dojo dove si pratica essenzialmente Judo, è situato a Francavilla, a 250 km da Roma sull’altra sponda, sul mare Adriatico e si trova al confine con Pescara, dove il dojo Bodai ha già organizzato in precedenza una lettura con presentazione della nuova edizione Yume de’ « Il Non Fare » e uno stage di introduzione al Katsugen Undo.

Clicca sulle foto per ingrandirle :

Kokyu révélation de l’unité de l’être

Par Régis Soavi

Dans un des ses livres Itsuo Tsuda nous donne son point de vue sur Kokyu :

TSUDA_la_voie_du_depouillement«Dans l’apprentissage d’un art japonais il est toujours question de «kokyu», qui est l’équivalent proprement dit de la respiration. Mais ce mot signifie aussi le tour de main pour faire quelque chose, le truc. Quand on n’a pas de «kokyu», on ne peut pas exécuter la chose comme il faut. Un cuisinier a besoin du «kokyu» pour bien se servir de son couteau, et l’ouvrier pour ses outils. Le «kokyu» ne s’explique pas, il s’acquiert.
Quand j’étais jeune, j’ai vu un ouvrier travailler avec son tournevis sur des machines très rouillées. J’ai essayé de dévisser, en vain, tellement c’était rouillé. Pour lui, cela ne posait aucun problème, il dévissait facilement, non parce qu’il était plus fort, mais parce qu’il avait le «kokyu».
Quand on acquiert le «kokyu», on a l’impression que les outils, les machines, les matériaux, jusqu’alors « indomptables », deviennent tout à coup dociles et obéissent à notre commande sans opposer de résistance.
Le ki, le kokyu, respiration, intuition, voilà les thèmes autour desquels tournoient les arts et les métiers du Japon. Ils constituent le secret professionnel, non parce qu’on veut le garder comme brevet d’invention ou comme recette de gagne pain, mais parce que c’est intransmissible intellectuellement. La respiration, c’est le dernier mot. Le secret suprême de l’apprentissage.
Seuls les meilleurs disciples y accèdent, après des années d’efforts soutenus.
Un maître d’art martial après qui les chiens aboient n’est pas un bon maître, dit-on. Les Français savent les faire taire, en glissant un morceau de sucre dans leur gueule. C’est l’astuce, c’est le truc, mais ce n’est pas le kokyu, respiration, qui est tout autre chose. »

Itsuo Tsuda, La Voie du dépouillement, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1975, p. 31-32.

 J’ai découvert le kokyu avec mon maître,aikido kokyu Itsuo Tsuda. Avant ce n’était pour moi que le nom d’une technique, avec Itsuo Tsuda cette notion devint beaucoup plus concrète, d’abord de par l’orientation de sa pratique. Il disait : « Pour moi la technique c’est simplement le test pour savoir si j’ai évolué dans ma respiration. » Ainsi notre attention était directement portée vers le kokyu. Il ne pouvait y avoir l’Aïkido ET la respiration. Aïkido est respiration. Et puis, dès ses premiers livres, Itsuo Tsuda nous éclaire en des termes que je ne connaissait pas ; presque trop simple et en même temps si difficile à atteindre.

Quand je l’attaquais c’était si évident, quelle que soit la force que je mettais, lui, restait à la fois détendu et puissant.
Il nous faisait utiliser la visualisation pour nous enseigner le kokyu. Par exemple pour le Kokyu Ho il disait : « C’est la fleur de lotus qui éclot ». Aujourd’hui peu de gens ont déjà vu les fleurs de lotus, alors je parle d’une marguerite. La visualisation doit nous parler, à nous. Pour qu’elle puisse agir elle doit être ancrée dans le concret de chaque personne. Alors parfois pour aider quelqu’un à aller au-delà de son partenaire qui lui tient les poignets et qui l’empêche de bouger, je dis : « Vous accueillez un ami qui sort du train, vous ne l’avez pas vu depuis des années ! Prenez le dans vos bras… » Alors la personne oublie l’autre, et le ki, au lieu de rester coagulé, s’écoule dans la direction donnée, la personne lève les bras sans efforts. La force de la visualisation est colossale.

Bien sûr la posture est essentielle, je dirais même qu’elle est primordiale. Si le corps se raidi pour avoir une posture impeccable : c’est foutu. S’il est trop mou : c’est foutu. Si la troisième lombaire est mal positionnée : c’est foutu. Avec la pratique de l’Aïkido et du Katsugen undo, petit à petit je vois que mes élèves se redressent, le ki recommence à circuler sans blocage, sans rupture, c’est la découverte de la respiration abdominale non forcée, mais claire et limpide, du kokyu. À mon avis, sans kokyu, tout travail en Aïkido ne vise qu’à renforcer le corps, c’est un travail de durcissement.kokyu ho régis soavi

Avec l’approfondissement de la respiration ce qui est inutile disparaît petit à petit, on n’a pas besoin de travailler la souplesse ou la puissance, c’est la raideur et nos idées sur la force et la faiblesse qui s’en vont. Et donc le ki circule mieux.
La Pratique respiratoire que nous faisons au début des séances est importante dans cette orientation.
On ne peut pas enseigner le kokyu, mais on peut guider les personnes pour qu’elles le découvrent.
Si nous faisons Kokyu Ho chaque matin à la fin de chaque séance, c’est justement pour sensibiliser les personnes et aussi améliorer notre posture. À mesure que notre posture et notre manière de faire s’affinent et s’améliorent on peut aider à la normalisation du terrain de notre partenaire. Si on respire profondément à partir du hara vers le hara du partenaire, on revitalise les circuits par lesquels circule le ki, on permet que ces circuits fonctionnent mieux, ainsi l’autre comprend (sent) avec tout son corps de quoi il est question.
Il ne s’agit pas de regarder la démonstration et de travailler de plus en plus dur, mais plutôt de s’imprégner de cette sensation du kokyu de l’autre. Je dis souvent : pour travailler le kokyu il faut commencer par écouter. On écoute l’autre, non avec ses oreilles, mais avec tout son corps, on sent la respiration, le ki, de l’autre. C’est comme un parfum. On écoute son mouvement intérieur, alors la sensation devient plus précise et on peut le guider vers une meilleure posture, vers une libération des tensions.

C’est aussi le travail des pratiquants plus anciens de favoriser cette découverte. En faisant baigner l’autre dans la respiration, ils l’aident à la sentir, à force de s’imprégner de ce « quelque chose ».

Dans la pratique de Katsugen undo que Tsuda Senseï a introduit en Europe la sensibilisation à la respiration, à la circulation du ki est au premier plan. Tsuda écrivait : « Dans le Mouvement régénérateur [Katsugen undo], nous faisons l’inverse de la tradition : nous commençons par le secret suprême, sans préambule1. »

Le kokyu n’est pas plus magique que le ki n’est une énergie. Dés qu’on se lance dans une explication, même si l’on prévient qu’elle sera parcellaire, on risque fort de tomber à côté.
Les contes anciens, comme ceux rapportés par les frères Grimm, peuvent nous montrer un aspect des pouvoirs du kokyu. Comme dans les contes, il peut transformer les crapauds en prince ou princesse et embellir les personnes par le simple fait de transformer leur posture. Cette posture, résultat de tant d’années de contractions, de mollesse, ou de tentatives de correction. Quand la posture retrouve quelque chose de naturel, c’est le retour à la source, aux origines de l’être.regis soavi aikido

Le kokyu, sa découverte, nous amène à des comportements différents dans la vie de tous les jours.  Cette respiration, loin d’être vécue comme New Age, dans sa quotidienneté, réveille en l’individu des qualités oubliées, une simplicité perdue, une intuition enfin retrouvée. Elle est ce qui peut rendre admirable le geste d’un artisan, d’un artiste, mais elle est aussi ce qui étonne ceux qui ne la connaissent pas. Parce qu’on n’a pas compris, ni senti ce qu’il y a derrière cette entièreté dans l’acte accompli : kokyu est une révélation de l’unité de l’être.

Itsuo Tsuda nous a guidé dans cette direction, en nous laissant libre d’aller plus loin ou de rester sur place. Cette liberté était fondamentale dans son enseignement.

On raconte que parfois, lorsque la posture, la respiration, la coordination étaient parfaites, O Senseï Ueshiba s’écriait « Kami Wasa« . Technique dieu ? Réalisation suprême ? Ne peut-on pas parler de kokyu ou de Non-Faire dans la plus grande simplicité ? Comme un enfant qui lâche un jouet pour en saisir un autre, de la même façon qu’il nous aspire pour le prendre dans nos bras pour le protéger.
Lorsque l’enfant est petit il a le kokyu : « Le bébé est grand comme l’univers, mais si on le traite mal il se fane bien vite »,  écrivait Tsuda Senseï dans son dernier livre2. Notre devoir n’est-il pas de lui permettre de le conserver ? Et à nous adultes de le retrouver ?

Aïkido n’est pas fait pour combattre, mais pour permettre une meilleure harmonie entre les personnes.
Je respire profondément, j’écoute le corps de l’autre, je visualise la circulation de ki dans son corps, je l’entend clairement, alors je fais passer le ki dans le corps de l’autre. Cette circulation nous apporte la plénitude, la sensation d’être pleinement vivants, tout s’efface, il n’y a plus que l’instant présent avec ses sensations, ses couleurs, sa musique.

Article de Régis Soavi sur le thème de kokyu, publié dans Dragon Magazine (Spécial Aïkido n°10)  d’octobre 2015.

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1. Itsuo Tsuda, La Voie du dépouillement, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1975, p. 32.

2. Itsuo Tsuda, Face à la science, Éditions Le Courrier du livre, Paris, 1983, p. 152.

Misogi du premier janvier

Les notes qui suivent ont pour fonction de retracer les origines et les moments importants de la préparation et du déroulement du Misogi du premier janvier tel qu’il se pratique dans les dojo de l’École Itsuo Tsuda. Elles ne peuvent remplacer la transmission orale et le vécu de la cérémonie, ce sont des indications, pas une marche à suivre imposée. Pour aider à pénétrer dans l’ambiance de ces moments, il a semblé utile de présenter ce texte en s’appuyant sur les trois rythmes de la tradition japonaise : jo – ha – kyu.
Voici sur ce sujet, quelques extraits du livre d’Itsuo Tsuda, La Science du particulier : « En étudiant le théâtre Noh, j’ai connu les trois rythmes : jo – lent, ha – normal, et kyu – rapide […] Jo signifie introduction, ha rupture, changement, et kyu rapide […] Les fruits poussent graduellement (jo), mûrissent à vue d’œil (ha), et tout à coup se détachent des branches (kyu). »

Origine et préparatifs (jo)

La vie des dojo de notre École est rythmée par plusieurs cycles temporels. Entre celui qui débute à la création du dojo et celui, quotidien, des séances d’Aïkido, on trouve le cycle pluri-hebdomadaire des séances de Katsugen Undo, le cycle saisonnier des stages et celui annuel du Misogi du premier janvier.

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Portes ouvertes au Dojo Yuki Ho

Une philosophie pratique à découvrir

Le dojo Yuki Ho, présent à Toulouse depuis plus de trente ans et dédié à la pratique de l’Aïkido et du Katsugen Undo,  vous invite du 7 au 10 janvier 2016 pour un événement qui réunira lecture-rencontre, exposition de calligraphies, démonstrations et séances page1d’Aïkido, diffusion de films et interviews sur le Katsugen Undo.

« J’écris dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle, mais celle d’un peuple qui passe pour être l’un des plus exigeants en matière littéraire. (…) Je m’aventure dans le domaine de l’inconnaissable, où la connaissance la plus parfaite de la langue, des mots dans leur coloration, leur saveur, et leur maniement n’arrivera pas à remplacer l’expérience. (…) Rien, en effet, n’est évident en ce qui concerne les aspects du ki. Lorsqu’ils deviennent évidents, ils cessent d’être le ki et entrent dans les catégories. L’intellectualisation commence. On peut toutefois faire le chemin inverse. On peut remonter, à partir des formes connue, à cette source insondable qui détermine le comportement chez l’individu. » Itsuo TsudaLire la suite

Kokoro

Un texte de Haruchika Noguchi, fondateur du Seïtaï.

« Le kokoro qui réside au plus profond de l’homme possède des facultés inestimables ; ses possibilités sont si illimitées et inépuisables que si on unifie le ki et que l’on concentre tout dedans on ne se retrouvera jamais incapable ou impuissant. Tout se met à changer, et pas seulement le corps, lorsque le ki se centre et se concentre dans le kokoro. Ceux qui le mettent en pratique me commentent par la suite les changements vécus.

kokoro haruchika noguchi
Haruchika Noguchi Photo : Seitai Kyokaï

Beaucoup associent le mot kokoro à la volonté, mais celle-ci, de fait, ne possède pas de vertu propre; par contre, au lieu de prétendre réussir quelque chose à force de volonté, si nous visualisons simplement que nous y arriverons, notre souhait devient réalité. Quiconque sait employer son kokoro verra la réalisation de ses souhaits.

Depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui l’être humain a inventé un nombre incalculable de choses. Voici une table. Celle-ci n’existe pas depuis toujours, elle est née de l’utilisation de la visualisation. La visualisation précède toujours ce qui existe; le mot intervient seulement après. Si nous procédons dans ce même ordre, pas à pas, sans dévier et avec fermeté, notre souhait s’accomplira. Alors les divers mondes par lesquels évolue l’Humanité s’élargiront davantage. L’homme est ainsi.

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Exposition de calligraphies

« Sur les traces d’Itsuo Tsuda » au Mas d’Azil/Daumazan (Ariège) 1er sept-31 oct 2015

Le Dojo Kingyo, association dédiée à la pratique de l’Aïkido et du Katsugen Undo, organise une exposition de calligraphies d’Itsuo Tsuda.  L’événement aura lieu simultanément dans les médiathèques du Mas d’Azil et de Daumazan. Découvrez quelques images de la mise en place de l’exposition (cliquez sur les photos pour agrandir)

Présentation de l’exposition

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Le caractère du voyage

Après avoir évoqué le tourisme moderne qui s’est développé aux États-Unis et ensuite propagé dans le monde entier, Itsuo Tsuda insiste pour les voyages qu’il organisa entre 1977 et 1982 sur l’importance de la sensibilité :
«  Ce qui importe avant tout c’est la sensibilité des touristes vis-à-vis de l’expérience au contact d’un monde nouveau. Si la sensibilité est mal préparée, on ne voit rien d’autre que le reflet du passé dont on est chargé. »
Nous poursuivons donc ici la publication du bulletin dans lequel Itsuo Tsuda présenta le caractère des « Seitai Tours », seitai tour139publication illustrée par des photos prises par Bruno Vienne.

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SEITAI TOUR

Itsuo Tsuda proposa entre 1977 et 1982 des voyages de découverte du Japon, passant aussi par la Corée et la Chine… Il expliqua le sens de ces voyageseitai tour japons en ces termes :

« Voyages de contacts humains entre peuples, par-dessus les races et les traditions, à travers le mouvement régénérateur, pratiqué ensemble avec des Japonais et des Coréens. »

Nous reproduisons ici des extraits de deux bulletins qu’Itsuo Tsuda édita pour annoncer le projet du 4e « Seitai Tour ». Il y présente les modalités et le caractère des voyages. Bruno Vienne, qui participa à un de ces voyages, a pris les photos qui illustrent ce document.Lire la suite

Un art de s’unir et de se séparer

Par Régis Soavi.

Mon Maître Itsuo Tsuda, citant O Senseï Ueshiba, a écrit dans son deuxième livre : « L’Aïkido, c’est un art de (musunde hanatsu) s’unir et se séparer »*. regis_soavi_Aikido 1C’était un aspect très présent dans son enseignement, mais par contre il n’utilisait jamais les termes Awase et Musubi. Il nous parlait en français, il nous parlait de quelque chose de plus grand que nous. Il nous invitait à réaliser en nous le vide mental pour pouvoir percevoir quelque chose. Il disait parfois : « Dieu (dans le sens de kami) parle sans arrêt, mais nous les humains nous n’arrivons pas à nous syntoniser, donc on n’entend rien. Ou alors on entend juste des sons comme une radio brouillée. Mais dieu parle clairement ». Donc pour lui c’était à nous de nous mettre dans un état qui nous permette de « recevoir ». L’Aïkido de l’École Itsuo Tsuda est basé sur ce que lui, par contre, appelait la fusion de sensibilité, donc sur la fusion avec le partenaire : face à une attaque, il y a une réponse, mais pour que notre réponse soit adéquate, nous devons fusionner avec le partenaire. Lors des séances je parle par exemple de fondre et de s’harmoniser avec le partenaire, de sentir son centre. Et à ce moment là on est lié par quelque chose, plus rien ne nous est étranger. Aujourd’hui je commence à aller un peu plus loin dans la pratique de l’Aïkido et je sens beaucoup plus ce que Tsuda senseï voulait dire au sujet du lien qui nous unit à l’Univers. On se sent vraiment comme un lien entre cet Univers et le partenaire, et on constate que cela circule, que tout retourne à l’Univers.

La Pratique respiratoire : une pratique de Musubi

La Pratique respiratoire* que nous faisons en début de séance nous met dans un « état d’esprit » qui nous permet de recevoir, de créer ce lien entre l’Univers et nous. On ne sait pas très bien ce que c’est que l’Univers. Ce ne sont pas les étoiles, ce n’est pas le trou noir, etc. C’est quelque chose d’autre. Pour la Pratique respiratoire nous restons le plus proche possible des enseignements de O Senseï Ueshiba, Tsuda senseï était précis là dessus. Par exemple on fait trois fois la vibration de l’âme, Tama-no-hireburi, chaque fois avec un rythme différent (lent, moyen, rapide) et uniquement à l’inspiration. La première fois on évoque Ame-no-minaka-nushi, Centre de l’Univers. Je dis parfois que c’est une « invocation-évocation ». Awase MusubiO Senseï Ueshiba disait de l’évoquer trois fois pendant la vibration de l’âme : celui qui conduit la séance le dit à voix haute puis on l’évoque encore deux fois intérieurement. Ce sont des informations que j’ai entendu chez Tsuda senseï, mais nulle part ailleurs. Donc quand on évoque Ame-no-minaka-nushi, comme O Senseï Ueshiba le disait, on se place au Centre de l’Univers. Centre de l’Univers ce n’est pas « Centre du Monde », ni « moi et les autres », ni quelque chose de religieux. Quelque part c’est insaisissable, mais en même temps c’est extrêmement concret. En tout cas cela ne nous encombre pas, c’est Centre de l’Univers et on peut y être. Puis lors de la deuxième fois on évoque Kuni-toko-tachi, l’Éternelle Terre, pour moi c’est l’humain, c’est la matière. Le premier c’est immatériel, le deuxième cela devient concret c’est matière. Puis troisième Kami évoqué-invoqué c’est Amaterasu, la déesse soleil, la vie, ce qui nous anime. Je raconte parfois l’histoire de la grotte dans laquelle Amaterasu s’est réfugiée et de la porte de rocher*. O Senseï Ueshiba en parlait souvent et Tsuda senseï la citait aussi. C’est la vie qui s’était enfermée dans une grotte obscure et qui resurgit. C’est important d’ouvrir la porte du rocher en nous. On s’est cloisonné, on s’est rigidifié, on n’entend plus rien, et puis un jour quand même on l’entrouvre. Aïkido nous apporte un souffle d’air, quelque chose qui nous permet de respirer un peu mieux. Alors, à partir de ce souffle, on va pouvoir ouvrir plus grand et peut-être entendre mieux ce que les Kami ont à nous dire, ce que l’Univers a à nous dire. Je ne suis pas du tout religieux, mais chaque matin je récite le Norito, comme le faisait  Tsuda senseï, comme le faisait O Senseï Ueshiba. Chaque matin, au début de chaque séance, à sept heures moins le quart, je récite le Norito, puis je fais la vibration de l’âme et cela depuis plus de quarante ans. Et petit à petit je découvre quelque chose, je vais un peu plus loin, je suis plus perméable.

Awase :  pratiquer avec le même partenaire peut permettre l’harmonisation avec l’autre

Dès la première partie de la séance, qui est une pratique individuelle, il est important de se mettre dans une certaine condition. Le travail d’harmonisation se poursuit dans la seconde partie pendant laquelle on pratique avec un partenaire. Pour favoriser cela, dans notre École on travaille avec le même partenaire tout au long d’une séance. On pourrait bien sûr changer à chaque technique, mais si on veut s’harmoniser c’est difficile d’y arriver en quelques cinq ou dix minutes passées avec chaque personne. Pour ceux qui ont vingt ou trente ans de pratique ça va… Mais si vous débutez, disons les dix premières années, c’est aussi quelque part rassurant de rester avec le même partenaire, on a le temps de s’harmoniser de s’imprégner de l’autre. Ainsi on va le sentir, les premiers contacts sont un peu difficiles parfois. Mais sur une même technique, une deuxième, puis une troisième on peut aller un peu plus loin, se rapprocher de son centre, respirer mieux le « parfum » du partenaire. Tsuda senseï parlait de découvrir le paysage intérieur de quelqu’un, mais découvrir le paysage intérieur de sept ou huit personnes dans une même séance c’est plus difficile. Parfois, surtout en fin de séance, il m’arrive de faire changer de partenaire notamment lors du Mouvement libre. Mais bien sûr à chaque séance on change, ce n’est pas un partenaire à vie !

Le Non-Faire

Uke a un rôle à jouer, sans être violent, il doit être sincère dans son attaque car sans cette énergie, Tori sera dans le « Faire » et pas dans le « Non-Faire ». Je vois souvent dans l’Aïkido des Uke très gentils et Tori qui massacre joyeusement son Uke. Ce n’est pas du tout mon principe. Si je parle d’attaque c’est qu’effectivement lorsque Uke fait un Shomen, un Yokomen, un Tsuki ou une saisie, il est important qu’une énergie s’en dégage, il « Fait ». Tori, par contre, la détourne, laisse passer cette énergie qui s’exprime dans le fait de serrer le poignet ou de frapper, il passe à coté et la transforme, alors c’est le « Non-Faire ». Il ne répond pas à l’attaque, il laisse s’écouler cette énergie, ce ki, il dépasse l’attaque. Bien sur, il n’attend pas bêtement de se faire frapper ! Le Non-Faire ce n’est pas rien faire. Je pars du principe aussi que si quelqu’un attaque une autre personne c’est qu’il n’est pas bien dans sa peau… Quand on est bien dans sa peau, quand on est vivant, on n’a aucune envie d’aller attaquer les autres. Cela ne nous viendrait même pas à l’esprit. C’est parce que nous sommes mal dans notre peau que cela se produit. On vit dans un monde violent, on a été éduqué à réagir en fonction de cette violence, il faut se défendre contre ceci, contre cela… On en est devenu malade. En faisant l’Aïkido, lorsqu’on est Tori, on est en train de « guérir » cette violence. Cette violence qui est dans l’autre, qui s’exprime par le rôle et la fermeté de Uke, on la conduit pour la transformer en quelque chose de positif et de libérateur.

Le travail avec les armes : Ame-no-uki-ashi kenAme no uki ashi ken_2

Il y a presque 30 ans, j’ai décidé de parler de Ame-no-uki-ashi ken pour désigner le travail avec les armes que nous faisons lors des stages et parfois dans la pratique quotidienne. Le ken, le sabre est une représentation du pont flottant céleste : Ame-no-uki-ashi. On parle de Pont flottant céleste quand on voit le Katana avec le tranchant vers le haut et on parle aussi de Bateau flottant céleste lorsque le tranchant est dans l’autre sens, vers le bas. C’est assez curieux parce que c’est à la fois le pont et le bateau… C’est ce qui unit le ciel et la terre, le conscient et l’inconscient, l’Univers et nous. Lorsque nous travaillons les armes, elles sont une extension de nous-mêmes, au-delà de notre peau, quelque chose qui nous permet d’aller un peu plus loin, de découvrir aussi notre sphère. Ame-no-uki-hashi : être sur le Pont flottant céleste, c’était une image qu’utilisait O Senseï Ueshiba et que nous transmettait Tsuda senseï. Être sur la lame du katana c’est être dans un état d’attention qu’on pourrait même qualifier de « divin », où une perception différente peut se produire. Je n’ai pas envie d’entrer dans la discussion de savoir s’il faut ou non utiliser les armes en Aïkido, cela n’a pas d’importance. Je les fais travailler parce que cela nous oblige à être dans un état d’extrême concentration tout en maintenant la détente. Elles me servent aussi à rendre visible les lignes de ki, tant celles du partenaire que celles qui partent de moi même, de manière plus évidente. Par exemple lorsqu’en démonstration j’appuie deux bokken sur mon centre je montre ainsi que la force vient du hara et non exclusivement de la musculature.demostration_2 bokken

Kokyu Ho : respirer

Traditionnellement chez Tsuda senseï la séance commençait toujours par la Pratique respiratoire, puis on faisait l’exercice qu’il appelait le Solfège, après on travaillait des techniques et à la fin il y avait toujours Kokyu Ho en suwari wasa. Pour Tsuda senseï, Kokyu Ho c’était l’occasion de ne faire qu’une chose : respirer. Il donnait, entre autre, la visualisation d’ouvrir les bras Kokyu Ho verticalcomme s’ouvre la fleur de lotus. Il n’y a plus de technique, il y a juste une personne qui nous saisit, et puis on respire au travers, on fait circuler le ki, à travers nos bras, à travers le partenaire. Quelque soit la résistance du partenaire, on s’ouvre à cela et on réalise la fusion de sensibilité. Pour moi chaque Kokyu Ho est différent, avec chaque personne. Il n’y a pas de technique particulière, par contre, il y a des lignes qui se déploient à partir du hara, il y a comme une espèce de soleil qui rayonne et on peut suivre chaque rayon de soleil pour retrouver ce hara, quelque chose s’embrase et la personne tombe à gauche, à droite et on fait l’immobilisation. C’est pour moi un instant privilégié de respiration profonde. Quand je parle de respiration profonde, je parle évidement du ki, c’est à dire que lorsqu’on respire profondément le ki se met à circuler de façon différente.

Awase au delà des tatamis : s’occuper du bébé, le summum des arts martiaux

« Savoir bien traiter le bébé, c’est pour moi, le summum des arts martiaux »*. Quand Tsuda senseï écrit cette phrase il met en relation l’Aïkido et la façon de s’occuper du bébé dans le Seitai de Noguchi Haruchika senseï. Il disait aussi que s’occuper du bébé c’est comme avoir un sabre au dessus de la tête, dès qu’on fait une erreur « tchac », le sabre tombe. Si on fait un parallèle avec l’Aïkido, le bébé est à la fois beaucoup plus exigeant que le maître et en même temps beaucoup plus gentil ; dans le Seitai, s’occuper du bébé c’est avoir une attention permanente, constante, c’est s’abandonner. Les plus grands maîtres parlent de l’importance de s’abandonner, c’est central dans les arts martiaux. Awase, cette fusion dont on parle, c’est aussi accepter de s’abandonner. Avec le bébé tout est une question de sensation, on est dans une fusion de sensibilité constante, comme par exemple quand la maman sait si son bébé pleure parce que il a besoin de faire pipi ou s’il a faim ou est fatigué. De la même façon, mais à l’inverse, pour le samouraï qui était en face de son adversaire, l’art consistait à découvrir chez l’autre le moment où la respiration serait irrégulière, le moment où il allait pouvoir frapper. C’est faire appel à toutes nos capacités. S’occuper du bébé c’est découvrir un monde de sensibilité, par exemple à travers l’art de donner le bain dans le Seitai. Savoir comment rentrer un bébé dans l’eau, au moment de son expiration et le sortir de l’eau à son inspiration, quand on est capable de s’occuper d’un bébé de cette façon on est aussi dans les arts martiaux. Toucher un bébé, changer un bébé dans le rythme de sa respiration, endormir un bébé et le poser endormi sans le réveiller… Bien sûr, c’est bien plus flamboyant de sortir son katana et de faire semblant de couper une tête ! Mais pour moi, c’est tellement plus difficile et important de coucher un bébé qui s’est endormi dans vos bras, être capable de retirer les mains de sous le bébé sans qu’il ne se réveille, ça c’est de l’art ! Avec un partenaire d’Aïkido on peut « tricher », un p’tit coup d’épaule, on force un peu… avec le bébé, on ne peut pas tricher. Il y a ou il n’y a pas fusion. J’ai beaucoup appris avec mes bébés, je pense que j’ai appris autant avec eux qu’avec Tsuda senseï, même si c’était de façon différente.

Musubi Awase : le commencement

On considère généralement qu’il faut commencer par apprendre les techniques et qu’après de nombreuses années de travail on peut appréhender Awase et Musubi. Dans notre École la Pratique respiratoire et la fusion de sensibilité sont au commencement et inséparables du reste. Toute notre recherche se fait à travers la respiration, le « ki ». Cette direction nous permet d’approfondir la recherche dans la simplicité, plutôt que dans l’acquisition et en ce sens nous rejoignons la définition de O Senseï Ueshiba : « Aïkido est Misogi ».

Article de Régis Soavi publié dans Dragon Magazine (Hors-Série Spécial Aïkido n°6)  d’octobre 2014.

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Notes

*Itsuo Tsuda (1914-1984), La Voie du dépouillement, Paris, le Courrier du livre, 2006 (1975), p.174-175.

*Une série d’exercices faits individuellement qui précède la technique. Cf. « L’École Itsuo Tsuda », p. 6-12, Dragon Magazine Spécial H.S. AIKIDO n° 5: Le travail individuel, juillet-septembre 2014.

*Mythe décrit dans le Kojiki.

*Itsuo Tsuda, Face à la science, Paris, le Courrier du Livre, 1983, p. 24

Calendrier de l’Avent #19

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#19 Une tombe au Père-Lachaise

Le cimetière du Père-Lachaise est l’un des plus célèbres cimetières au monde. Situé dans le 20e arrondissement de la ville de Paris, de nombreuses personnes célèbres y sont enterrées comme Molière, Balzac, Oscar Wilde, Frédéric Chopin, Gérard de Nerval, Delacroix… Magnifique parc de 44 hectares, c’est ici qu’Itsuo Tsuda, décédé le 10 mars 1984,  est enterré.

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Visite de nos amis de Genève à la tombe de Monsieur Tsuda

Itsuo Tsuda avait fait une calligraphie de la phrase de Tchouang Tseu, qui était, en quelque sorte, son testament, et qu’il avait mise au dojo :

« Quand je serai mort, si vous me mettez dans la terre, ce sont les vers qui me mangeront, si vous me mettez dans les airs, ce sont les oiseaux qui me mangeront et si vous me mettez dans la mer, ce seront les poissons qui me mangeront… faites de moi ce que vous voulez ! »

Calendrier de l’Avent #17

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#17 Régis Soavi

« […] Ce n’est jamais fini. Aujourd’hui, il faut qu’on continue, et c’est ce qui se passe aujourd’hui vous êtes nombreux mais vous êtes peu, imaginez tout le travail qu’on a faire. Vous ! Moi bientôt je ne pourrai plus, mais vous, tout le travail qui vous incombe. Ce qu’Itsuo Tsuda nous a transmis, ce que nous vous avons transmis, c’est à vous maintenant de le porter en avant. Ça ne doit pas s’arrêter comme ça : c’est fini, il est mort le maître, on peut plus rien faire.
Non, non, non.  C’est vous. Tout est entre vos mains. […] » Écouter le témoignage  ici.

Régis Soavi
Régis Soavi

« Régis Soavi commence vers l’âge de douze ans un Judo de type traditionnel et souple. Puis, dans les années soixante-dix il se forme à l’Aïkido auprès de Nocquet, Tamura et Noro, trois Maîtres chez qui il devient par la suite instructeur. Il enseigne alors également au sein de la Fédération Française de l’Aïkikaï.

C’est en 1973 qu’il rencontre Maître Tsuda à Paris, et commence à suivre son enseignement, pratiquant avec lui l’Aïkido et le Mouvement régénérateur (Katsugen Undo) pendant dix ans, jusqu’à sa mort. Parallèlement, il s’initie au Iaïdo (sabre), Kenjutsu et Jujitsu de l’École Bushûden Kiraku-ryû avec Maître Tatsuzawa, et continue à participer à de nombreux stages où il rencontre, entre autres, les Maîtres Kisshomaru Ueshiba, Yamaguchi, Kobayachi ou encore Shirata.

Vers 1980, Régis Soavi se détourne définitivement de cette vision officielle de l’Aïkido, car l’enseignement d’Itsuo Tsuda correspond davantage, en profondeur, à la voie qu’il veut suivre : la pratique du « Non-faire » à travers l’Aïkido et le Mouvement régénérateur. De fait, une des spécificités de cet enseignement repose sur le lien que Maître Tsuda a lui-même établi entre sa compréhension de l’Aïkido auprès du fondateur, Ô Sensei Ueshiba, et la pratique du Katsugen Undo (Mouvement régénérateur) découvert auprès de Maître Noguchi (fondateur du Seïtai). Ces deux pratiques deviennent en quelque sorte complémentaires.

En 1982, après accord de son Maître Itsuo Tsuda, Régis Soavi décide de ne se consacrer, en tant que professionnel, qu’à l’Aïkido (qu’il enseigne déjà depuis 1975) et au Katsugen Undo (Mouvement Régénérateur). Dans les années qui suivent, il crée son premier dojo à Toulouse et commence à conduire des stages à Paris, Toulouse et Milan.

Aujourd’hui, il enseigne à Paris au dojo Tenshin depuis de nombreuses années , et continue à conduire régulièrement des stages aux dojos de Milan, Paris, Toulouse, Rome et Amsterdam. »

Itsuo Tsuda et Régis Soavi
Itsuo Tsuda et Régis Soavi

Calendrier de l’Avent #10

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

#10 Coulisses

Évidemment il y a l’événement ! Mais comme pour un spectacle il y a ceux qui ont créé l’événement, ceux qui ont fait l’histoire. Les techniciens dans l’ombre des projecteurs de la scènes, les « fourmis » qui ont couru partout… Petit hommage avec quelques photos volées :

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Bas en plein tournage
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Régis Sirvent en plein tournage également
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Jérémie en shooting photos

 

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vin d’honneur réglé comme du papier à musique : Francesca aux commandes

 

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Kika Juan, Jean-Marc Arnauve, Bruno Vienne, Régis Soavi

 

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Bières artisanales par Fabien

 

 

Calendrier de l’Avent #2

Le calendrier de l’Avent du centenaire d’Itsuo Tsuda : 25 jours pour retrouver 25 moments forts de l’année 2014, consacrée à Itsuo Tsuda.

Cette année a justement vu « apparaitre », sortir des placards, des archives ! Certaines d’une grande valeur historique, d’autres plus anecdotiques mais intéressantes quand même.

Ce film a été découvert en Israël en 2014 par Madame Habib. Fille de Pierre Holzacker, pilote d’Air France qui a pratiqué l’aïkido avec sa femme Esther en France dans les années 1960, notamment auprès d’Itsuo Tsuda. Il s’agit d’un passage à Paris d’Itsuo Tsuda dans les années 1968, on y voit Monsieur Jean-Gabriel Greslé (également pilote d’Air France et aïkidoka) et Madame Jacqueline Greslé pratiquer avec Itsuo Tsuda.  À la fin du film on voit également Itsuo Tsuda pratiquer au Hombu Dojo à Tokyo. Nous remercions ici très chaleureusement Monsieur Ze’ev Erlich qui nous a transmis depuis Israël ce document précieux.

Monsieur et Madame Greslé nous ont fait le plaisir d’une visite lors de l’événement du Centenaire au Dojo Tenshin

monsieur et madame Greslé
Monsieur et Madame Greslé nous ont fait le plaisir d’une visite lors de l’événement du Centenaire

 

 

Retour sur le centenaire d’Itsuo Tsuda

Une rencontre exceptionnelle

centenaire itsuo tsudaDimanche 16 novembre 2014  s’est achevé ce qui restera un moment exceptionnel, à la fois hommage à un écrivain et fruit du travail de toute une école.

L’événement autour d’Itsuo Tsuda aura réuni durant un week-end plusieurs centaines de personnes dans un lieu spécialement préparé pour l’occasion. Le dojo Tenshin qui fêtera prochainement ses trente années d’existence s’est transformé durant ces derniers mois pour accueillir le centenaire de la naissance d’un homme dont l’œuvre résonne plus que jamais.

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Rencontre avec la respiration

itsuo tsuda respiration

Né en 1914 Itsuo Tsuda aurait eu cent ans cette année. Se reconnaissant avant tout philosophe ce personnage atypique, farouchement indépendant, est une figure incontournable de l’Aïkido en France. C’est lui qui introduisit le Katsugen undo* en Europe au début des années 1970.
Élève direct de O’Sensei Morihei Ueshiba pendant les dix dernières années de la vie de ce dernier, Itsuo Tsuda ne retenait dans l’Aïkido ni l’aspect sportif, ni le coté art martial, mais plutôt la possibilité de mener à travers cet art une recherche intérieure, personnelle. Il qualifia cette dimension de « pratique solitaire » et s’attacha à la transmettre dans ses livres et son enseignement.
Débutant l’Aïkido à quarante-cinq ans ce sont les notions de ki et de Non-Faire qui vont principalement l’attirer. Ces aspects sont particulièrement tangibles dans la série d’exercices qui précédait chez O’Sensei Ueshiba la technique et pour laquelle Itsuo Tsuda a inventé l’expression « Pratique respiratoire ».

O’Sensei Ueshiba accordait une très grande importance à ces exercices qui représentaient pour lui quelque chose de complètement différent d’un échauffement. Itsuo Tsuda en dira dans une interview sur France culture :
« Pour moi ce qui est important, c’est ce que je fais au début : je m’assois, je respire, je respire avec le ciel et la terre, c’est tout. Beaucoup de gens aiment l’Aïkido comme une technique, n’est-ce pas. Pour moi la technique c’est simplement le test pour savoir si j’ai évolué dans ma respiration. »
Dans la technique qui occupe la seconde partie de la séance il n’y a donc pas de combat, mais une possibilité de développer la sensibilité, la capacité de fusionner.
Décédé en 1984, la voix d’Itsuo Tsuda résonne encore aujourd’hui à travers les neuf livres qu’il publia en français* et à travers ses propres élèves. L’un d’eux, Régis Soavi se consacre depuis plus de trente ans à l’enseignement de l’Aïkido et du Katsugen undo. Il est le conseiller technique de l’École Itsuo Tsuda.

itsuo tsuda aikido

Bonjour Monsieur Soavi, lorsque vous avez rencontré Itsuo Tsuda dans les années 70 vous étiez déjà engagé dans la pratique des arts martiaux. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous consacrer à l’Aïkido d’Itsuo Tsuda ?

– Quand j’ai rencontré Itsuo Tsuda j’étais débutant en Aïkido, mon professeur était Roland Maroteaux. J’ai rencontré Tsuda lors d’un stage organisé par ce professeur. Ce qui m’a impressionné au départ c’est sa capacité à l’esquive. Lors de ce stage je voyais mon professeur, pourtant un Budoka, l’attaquer avec détermination et à chaque fois Tsuda n’était pas là, c’était une esquive, il présentait un vide devant lui. Cela m’avait choqué. J’avais pratiqué beaucoup de Judo, je faisait aussi des armes et du jujitsu et et puis à peu près à la même époque, au cours de ma formation en tant que professionnel d’Aïkido, j’ai travaillé aussi avec d’autres maîtres, Me Noro, Me Tamura, Me Noquet, puis lors de stages avec Me K.Ueshiba, Me Yamagushi, etc. À l’époque on était tous un peu des Ronins, on tournait d’un dojo à l’autre et on essayait de saisir les secrets des maîtres.  Au début j’allais un peu timidement chez Me Tsuda, mais la qualité de ce vide, ce vide qui se déplaçait, c’était très impressionnant. C’est cela qui m’a fait dire : il faut que j’aille voir ce maître.

– Que représente pour vous la première partie des séances d’Aïkido qu’Itsuo Tsuda a dénommé « Pratique respiratoire » ?

– Me Tsuda avait l’habitude de dire que c’était l’essentiel de l’Aïkido. Au début, quand j’avais vingt ans, je voyais moi-aussi cette partie comme une sorte d’échauffement respiratoire, pour ne pas dire d’échauffement musculaire. Et puis petit à petit j’ai découvert que c’était beaucoup plus profond que ça ! Et au bout de 7 ans, la Pratique respiratoire était devenue la partie la plus importante de l’Aïkido pour moi. Le reste, c’était, comme Tsuda le dit très bien, une façon de vérifier où j’en étais moi aussi dans ma respiration.

Vous parlez de l’Aïkido en proposant la traduction « voie de fusion de ki ». En quoi est-ce que cela est différent par rapport à la définition « voie de l’harmonie » que l’on a coutume d’entendre ?

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« Dans l’aïkido on échappe complétement à l’idée de combat. Maître Ueshiba avait une telle capacité de fusion avec la personne qui l’attaquait qu’il devançait ses actes, ses gestes. »

– Vous savez, « Aïkido » ce sont des idéogrammes, ce ne sont donc pas des mots en soi. Ce que j’essaye de transmettre à travers « voie de fusion de ki », c’est la direction que nous prenons. Dans l’Aïkido cette fusion de sensibilité entre les personnes, permet de pratiquer d’une autre manière. On échappe complètement à l’idée de combat. C’est plutôt une complémentarité. Je pense que Me Ueshiba avait une telle capacité de fusion avec la personne qui l’attaquait qu’il devançait ses actes, ses gestes. Pour moi l’harmonie, c’est insuffisant comme traduction, cela peut être esthétique. La fusion fait appel à quelque chose de plus profond. Quand deux métaux entrent en fusion pour faire par exemple du bronze, ils deviennent du bronze, il ne s’agit pas seulement de les harmoniser, ils deviennent quelque chose de différent. Et c’est en ce sens aussi que j’ai envie de traduire cela par « voie de fusion de ki ». Mais c’est une vraie interprétation des idéogrammes.

Quel rôle joue selon vous la technique ?

– Elle est indispensable. C’est une base. Pour moi la technique doit être extrêmement précise. Elle est ce qui porte la respiration. La technique ça veut dire aussi le corps, la posture. Si la posture est juste, si le placement est juste, alors c’est facile, la respiration est meilleure. Si on est bloqué, encombré, fermé ou trop ouvert, trop mou ou trop dur, rien ne passera vraiment. La technique est là pour nous permettre à travers sa précision de retrouver les lignes qui nous aident à mieux respirer, à rentrer mieux en fusion. C’est pour cela aussi que je fais souvent travailler lentement. Cela ne sert à rien de faire quelque chose vite et mal.

regis soavi aikido

– La pratique du Katsugen undo, que vous avez découvert auprès de Me Tsuda, influe-t-elle votre approche de l’Aïkido ?

– Je pense que si je n’avais pas pratiqué le Katsugen undo je ne pratiquerais pas l’Aïkido comme je le fais aujourd’hui. N’oublions pas que le Katsugen undo c’est quelque chose qui normalise le terrain, le corps. Et aujourd’hui justement je vois l’Aïkido aussi comme un processus de normalisation du corps. La pratique du Katsugen undo permet de pratiquer l’Aïkido dans ce genre de voie, c’est pour moi une base, un minimum. Elle développe en nous la respiration, on respire mieux, on est plus tranquille. Les aspects agressifs, compétitifs disparaissent, ils tombent d’eux mêmes. Au lieu de pratiquer en faisant mal à l’autre on va vers la normalisation du corps, j’ai par exemple l’habitude de montrer comment lors des immobilisations au sol on tord le bras d’une certaine façon et on va faire passer le ki jusqu’à la troisième lombaire et que le corps de la personne va se tordre légèrement à cet endroit là. Et bien, c’est un processus de normalisation du corps à travers l’Aïkido, que j’ai découvert parce que je pratique le Katsugen undo. Cela concerne beaucoup d’autres techniques, la façon d’entrer, de rejoindre le centre, le hara, etc. Je ne dis pas qu’on ne peut pas le découvrir si on ne pratique que l’Aïkido, mais le Katsugen undo a été une porte ouverte, il m’a permis de mieux sentir, de mieux comprendre, d’être plus dans l’esprit… Je pense que cela a été très important aussi pour Tsuda. Il a pratiqué dix années avec Me Ueshiba. Mais quand il est arrivé à l’Aïkido il avait déjà pratiqué pendant plus de dix ans le Seïtaï, le Katsugen undo. Son terrain était donc dans un certain état, par exemple en ce qui concerne la souplesse – que l’on a bien souvent perdu à quarante cinq ans. Et puis au niveau de l’état d’esprit : pour Tsuda c’était clair qu’on n’est pas là pour s’abîmer, mais au contraire pour retrouver à la fois un certain tonus, mais en même temps un équilibre. Aïkido doit nous amener à l’équilibre. Et le travail de Katsugen Undo c’est équilibre.

Vous pratiquez tôt le matin, cela peut surprendre.

– Les séances ont lieu à 6h45 en semaine mais aussi à 8h le w-e. Je sais qu’on vit dans une regis soavi aikidosociété où on se couche soit disant très tard et on se lève très tard aussi. Moi j’aime bien le matin. Le soir on est fatigué, les gens sortent du boulot, ils sont stressés. Donc évidemment très facilement les séances d’arts martiaux vont devenir du défoulement, etc. Le matin déjà, la compétitivité ça n’a pas trop d’importance… On se lève, on vient au dojo, on peut respirer tranquillement, on démarre la journée. Et qui plus est, on a la chance d’être dans un dojo permanent. On vient et on est chez soi, dans une association, mais chez soi, ce sont des dojos qui ne servent qu’à cela. Ce ne sont pas des gymnases avec des vestiaires plus ou moins propres où on ne peut pas laisser sa montre parce que sinon on nous la pique, etc. Donc on arrive ici le matin, on se prend un petit café, un thé, puis on fait la séance. Et là, la journée commence et elle commence bien, c’est un vrai plaisir. Chaque matin j’ai beaucoup de plaisir à voir des gens arriver tranquillement en prenant le temps, on est dans un monde où on ne prend plus le temps…

Vos séances s’adressent à tous sans faire de distinction entre les ages et les niveaux, vous parlez d’une école sans grades.

– Me Tsuda disait : « Il n’y a pas de ceinture noire de vide mental. » Chez Me Ueshiba il n’y avait pas de programme national de ceinture noire. Lorsque Me Noguchi* enseignait il disait « Oubliez, oubliez, quand vous en aurez besoin cela viendra tout seul. » C’est un peu ça, la technique est importante, mais on ne va pas répéter dix mille fois comment se faire attaquer ou autre. Ça n’a aucun sens. Hiérarchie, grades, kyu, dan, etc. pour moi cela ne représente pas grand chose… Et puis du point de vue des âges, pourquoi est-ce qu’on ferait une différence ? C’est la société moderne qui a fait une différence, qui a crée les teenagers (qui maintenant sont encore teenagers jusqu’à quarante ans, d’ailleurs) le troisième age puis le quatrième age, etc. Toutes ces catégories ne correspondent à rien. Pour moi, au niveau de la vie qui nous habite on est tous égaux. Après, bien sûr, on fait une différence, si je travaille avec un enfant de six ans ce n’est pas comme quand je travaille avec une personne de soixante ans ou avec un jeune de vingt ans.

– Au delà de la transmission des bases, que peut-on à proprement parler enseigner à travers l’Aïkido ?

– Ah, pas grand chose, effectivement, il y a un moment donné où les personnes font leur propre recherche toutes seules. Alors comme je suis plus ancien, et ma recherche est plus ancienne aussi, je peux leur donner quelques indications, et puis je peux permettre aux gens de mieux comprendre à travers des visualisations. C’est ma manière à moi d’enseigner aux personnes aujourd’hui. Je propose des visualisations, par exemple tel mouvement c’est comme si vous posiez un bébé dans son lit. En même temps les personnes font une recherche, il y a un certain nombre de personnes que je considère comme des compagnons, ce ne sont plus des élèves. En tant que senseï, comme un bon artisan qui a plus d’ancienneté, je peux dire : « Regarde un peu plus loin là, voilà », regardant plus loin, le corps s’ouvre et la personne dit « Ah oui, d’accord ». C’est très fin. C’est une communication qui s’instaure avec mes élèves. Et les personnes après vont chercher dans cette direction. On ne va pas perfectionner la technique, ça n’existe pas. L’Aïkido ne deviendra pas plus efficace, plus esthétique etc, mais on va être plus proches de nous-mêmes, je pense que c’est cela qui est le plus important.

Cet article a été publié dans Dragon Magazine (Hors-Série Spécial Aïkido n°5)  de juillet 2014. Présentation d‘Itsuo Tsuda et rencontre avec Régis Soavi.

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Notes

* Katsugen undo traduit par Mouvement régénérateur, technique mise au point par Haruchika Noguchi, créateur du Seïtaï.

Norito, la résonance

Morihei Ueshiba O Senseï récitait dans son itsuo tsuda noritocours le norito, invocation aux dieux d’origine Shinto. Itsuo Tsuda dans les dernières années le récitait quotidiennement et la tradition s’est poursuivie au sein de l’École Itsuo Tsuda.

« Le norito n’appartient pas au monde de la religion mais certainement au monde du sacré au sens animiste. Les vibrations et la résonance conduites par la prononciation de ce texte nous apportent à chaque séance une sensation de calme, de plénitude et parfois quelque chose qui va au-delà et reste inexprimable .
Le norito est un Misogi*. Par essence il n’est jamais parfait, il change et évolue. Il est le reflet d’un moment de notre être. » (Régis Soavi)

Ce norito est très connu au japon, on l’appelle Misogi no harae. La version que récitait Maître Tsuda est en quelque sorte une version courte, Morihei Ueshiba  rajoutait les noms de quantités de Kamis.

norito

Itsuo Tsuda reçut ce norito des mains de Nakanishi Senseï qu’il rencontra lors d’un voyage au Japon. Elle lui transmit également la position des mains, qui, sans être figée, est d’une grande précision. C’est un nœud de ki ; tous les doigts doivent se toucher et la position des coudes a son importance aussi. Nakanishi Senseï fut le maître de Kotodama de Morihei Ueshiba. » Propos recueillis auprès de Régis Soavi

Itsuo Tsuda lui même écrira : « À un moment donné de sa vie, Maître Ueshiba se sentait bloqué dans la poursuite de la voie, devant une impasse. Il était extrê­mement fort physiquement, mais il sentait qu’il lui manquait quelque chose. C’est alors qu’il fit la connaissance des Nakanishi. Il était âgé de cinquante-six ou sept ans, et Mme Nakanishi, de vingt et quelques années.(…) »
Itsuo Tsuda, La Voie des Dieux

Dans son livre La Voie des Dieux (Le Courrier du Livre, 1982), Itsuo Tsuda tente de nous éclairer sur ces sujets assez difficiles d’accès, que sont le Shinto et le Kotodama. Nous en publions quelques extraits pour accompagner l’écoute de la récitation du norito par Itsuo Tsuda.

Guillemet« Il est bien difficile de définir ce qu’on appelle le « shintoïsme », mot à mot, la voie des dieux. C’est une appellation qu’on a forgée par nécessité de comparaison avec les autres formes de « croyances » qui ont été introduites au Japon, au cours des siècles.(…) »

« Si je dois dire en un mot ce qu’est le shinto, je citerai un proverbe français : Eau qui court ne porte point d’ordure (XVe siècle). Ce qui importe, ce n’est pas le dogme, mais la sensation immédiate de sérénité. Est-il possible de garder constamment la sensation de sérénité, dans n’importe quelle circonstance ? Si vous y arrivez, je n’ai rien à ajouter. Je suis plutôt d’avis que la plupart du temps, nous éprouvons une sérénité précaire sous certaines conditions particulières. Nous nous efforçons de garder cette sérénité en nous raidissant. C’est sauver les apparences. C’est être aveugle que de ne pas admettre que nous avons des faiblesses et des failles. Ce proverbe est aujourd’hui presque inconnu.(…) »

Kotodama (vibrations)

« Tout l’Univers est conçu comme rempli de sensations de vibrations. Ces vibrations préexistent avant d’être perceptibles. Ainsi, Maître Ueshiba parlait souvent du kotodama de la voyelle «u», par exemple, qui est une vibration qui jaillit du ventre. Il expliquait les fonctions de tout le vocalisme qui étaient au fond très simples mais il m’était très difficile de les comprendre car ce sont des choses qui n’étaient pas dans mes habitudes.(…) »

« D’après Mme Nakanishi, le propre du Budo, des arts mar­tiaux, réside dans la disposition à répondre aux résonances. C’est là que les arts martiaux se joignent au kototama. C’est là aussi qu’ils diffèrent des sports. En effet, les arts martiaux sont nés aux temps où on était exposé à la fatalité de tout moment, sans avertissement. Il ne s’agissait pas d’exhiber une technique corporelle devant les spectateurs qui vous admirent, comme dans un cirque. Il fallait pressentir l’approche d’un danger avant que des données de perception viennent le confirmer. Le moment de confirmation est déjà trop tard car il détermine, non des scores, mais la vie ou la mort.(…) »

« L’aikido, conçu comme mouvement sacralisé par Maître Ueshiba est en train de disparaître pour faire place à l’aïkido athlétique, sport de combat, plus conforme aux exigences des civilisés. « Le vrai budo doit être comme une sorte de mai, dit Mme Nakanishi, ce sont les autres qui tournoient autour de vous, mais le maître ne bouge pas. » Dans le shinto, il n’y a pas d’opposition entre Dieu et l’homme, comme dans le christianisme. Il s’agit de retrouver Dieu en vous-même. C’est ce qu’on appelle chinkon kishin, calmer l’âme et faire le retour à Dieu. En fait, on ne peut ni calmer ni agiter l’âme. On purifie le ki qui s’attache à notre personne pour nous maintenir en vie, mais qui en même temps nous expose à des agitations constantes. (…) «Des miracles, on n’en a pas besoin, dit-elle, le plus difficile, c’est d’être naturel, d’être normal.» La mer belle reflète la lune dans sa forme ronde. La mer agitée ne donne que des reflets éclatés.(…) »

« L’enseignement de Mme Nakanishi m’a révélé une nouvelle dimension de l’univers. L’univers du shinto ne correspond en rien à la conception géocentrique d’avant Copernic, ni à la conception héliocentrique, consolidée par Newton. L’univers dont elle parle n’est localisé nulle part. Il se crée à partir du Vide originel au moment et à l’endroit où il y a nécessité, et disparaît sitôt que l’affaire est terminée. À partir du Vide, se crée le Néant et le Néant crée l’Existence. Et l’Existence aboutit au Néant qui retourne au Vide. II n’y a donc pas de création qui se place au début du monde, une fois pour toutes. Chaque instant peut être le moment de la création. Quiconque essaye peut créer l’Univers là où il se trouve. On n’a donc pas à discuter avec Gagarine pour infirmer ou affirmer l’existence de Dieu dans l’espace. Le shinto est trop fluide pour se figer dans la sclérose.

Chaque jour est le premier jour de la création. Chaque jour est peut-être le dernier jour du retour au Vide.(…) »  Itsuo Tsuda, La Voie des dieux (Le Courrier du Livre, 1982)

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*Misogi, traduit par « purification »

Incontro con la respirazione.

itsuo tsuda respirationNato nel 1914 Itsuo Tsuda avrebbe avuto cent’anni.  Questo personaggio atipico, tenacemente indipendente, si considerava  prima di tutto un filosofo ed è una figura fondamentale dell’Aikido in Francia. È lui che introdusse il Katsugen Undo* in Europa all’inizio degli anni ’70.
Allievo diretto di O’Sensei Morihei Ueshiba per gli ultimi dieci anni della vita di quest’ultimo, Itsuo Tsuda non riteneva importante dell’Aikido né l’aspetto sportivo né quello di arte marziale, ma piuttosto la possibilità di fare attraverso quest’arte una ricerca interiore, personale. Qualificò questa dimensione come «pratica solitaria» e si dedicò a trasmetterla nei suoi libri e nel suo insegnamento.
Iniziando l’Aikido a quarantacinque anni sono le nozioni di ki e di Non Fare che l’attirano principalmente. Questi aspetti sono particolarmente tangibili in una serie di esercizi che precedeva, presso  O’Sensei Ueshiba, la tecnica e per la quale Itsuo Tsuda ha inventato l’espressione «Pratica respiratoria». Lire la suite

Letture italiane del Maestro Tsuda

“Non scrivere niente, non è certo difficile. Scrivere per non dire niente, è un’arte.
Ma scrivere sul Niente, non è una cosa agevole”.
Itsuo Tsuda

Anche in Italia, in occasione del centenario della nascita del Maestro Itsuo Tsuda e dell’uscita della nuova traduzione italiana del “Non-Fare”, a cura della Yume Editions, i dojo della Scuola Itsuo Tsuda organizzano presso alcune librerie a Roma, Torino e Milano una serie di incontri-lettura di brani estratti dai libri di Itsuo Tsuda.

Letture a Romadoozo-art-books-sushi_Roma

il dojo Bodai terrà una lettura di presentazione del “Non Fare”, Sabato 4 ottobre alle ore 17.00, presso “Doozo, Art, Books & Sushi”, in Via Palermo 51-53, Roma. http://www.doozo.it/

Letture a Torino

Libreria Psiche_Torinoil dojo Zensei propone Mercoledì 15 ottobre alle ore 21, un incontro di letture “Alla scoperta di Itsuo Tsuda” presso la Sala conferenze della Libreria Psiche, in Via Belfiore 61. http://www.psiche.info/index.htm

 

Letture a Milano

Infine il dojo Scuola della Respirazione, Venerdì 24 ottobre alle ore 20.30, leggerà brani tratti dall’opera di Itsuo Tsuda presso la libreria “Isola Libri” in Via Pollaiuolo, 5. La serata sarà introdotta da una proiezione-video sul centenario della nascita del Maestro Tsuda.

Isola Libri_Milano

Itsuo Tsuda à la Sorbonne

lecture sorbonne itsuo tsuda

80 ans après, Itsuo Tsuda revient à la Sorbonne

Un pont entre Orient et Occident, Lecture-Rencontre

Menant une réflexion profonde sur les grands développements de la pensée humaine, Itsuo Tsuda parcourt l’Orient et l’Occident et met le ki au centre de ses recherches

Itsuo Tsuda vint en France en 1934 et fit ses études à la Sorbonne avec le sinologue Marcel Granet et le sociologue Marcel Mauss. En 1940, de retour au Japon, il s’intéressa aux aspects culturels de son pays, comme la récitation du Nô, la technique Seitaï et l’Aïkido. Dans les années 70, il entreprend de propager ses idées sur le ki en Europe et publiera neuf livres en français.
Créant un pont entre Orient et Occident, il a su élaborer et présenter des connaissances qu’il avait reçues de ses maîtres. Il s’agit là d’un défi où l’être humain est considéré par-delà l’époque, le lieu et  la tradition. L’être humain en tant que tel. La vie dans ses multiples aspects. Itsuo Tsuda propose un chemin pour réveiller la sensibilité et pour retrouver la liberté intérieure.

Cette Rencontre-Lecture, animée par Régis Soavi, conférencier et enseignant d’Aïkido, élève direct d’Itsuo Tsuda et Yan Allegret, écrivain, comédien,  sera l’occasion de découvrir ce chemin.

Mardi 4 novembre 2014 à 19h30 à l’Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Entrée gratuite, sur réservation auprès du service culturel : agenda-culturel@paris-sorbonne.fr

Ecoutez les livres de Itsuo Tsuda #2

Partie #2 : Katsugen Undolecture livres itsuo tsuda

Le comédien, écrivain, Yan Allegret lit ici des extraits des livres d’Itsuo Tsuda, captés en direct  le samedi 8 février 2014, dans un salon de thé-librairie de Blois, le Liberthé.

« Le Mouvement régénérateur ne constitue pas un apport extérieur. Il trace le chemin pour la découverte de soi en profondeur. Ce chemin n’est pas en ligne droite vers le paradis, il est tortueux. » Itsuo Tsuda

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Les calligraphies de Itsuo Tsuda #2

pratiquer devant une calligraphieSuite de l’entretien avec Régis Soavi qui nous raconte sa découverte des calligraphies de Itsuo Tsuda.

« Mettre une calligraphie plutôt qu’une photo d’un Maître, ça a un autre intérêt, que j’ai compris par la suite : ça évite un certain « culte de la personnalité ». Au lieu de mettre une photo de Maître Ueshiba, j’aurais pu en mettre une de mon maître, Itsuo Tsuda… mais alors, ça induit quelque chose vers « Un Grând Maîîître » qui EST, et ça va aussi dans le sens des religions où il y a des saints, des peintures de saints, des statues de saints… dans le Bouddhisme on a cela, dans le Christianisme aussi, évidemment…
Mais ainsi, on n’a plus la même résonance, parce que ce sont des photos de personnes, de « personnages ».

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Calligraphie « Les poissons dans l’eau »

calligraphie itsuo tsuda les poissons dans l'eauChaque année, à l’occasion du stage d’été, l’École Itsuo Tsuda présente une calligraphie d’Itsuo Tsuda montée en kakemono (encadrement Japonais).

C’est une occasion de (re)découvrir ces traces, cet enseignement qu’il nous a laissé.

Lors du stage d’été qui vient de s’achever, nous avons pu profiter de la calligraphie « Les poissons dans l’eau », qui a été inspirée à Itsuo Tsuda par cette histoire de Tchouang-tseu :
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Ecoutez les livres de Itsuo Tsuda #1

livres d'Itsuo TsudaLe comédien, écrivain,  Yan Allegret lit ici des extraits  des livres d‘Itsuo Tsuda, captés en direct le samedi 8 février 2014,  dans un salon de thé-librairie de Blois, le Liberthé.

Partie #1 : Aïkido

« Lorsque vous êtes saisi par derrière à bras le corps par une personne plus forte que vous qui vous empêche de vous asseoir…
que faire ?
Le projeter pour se dégager ?
Devenir un enfant. Je vois un coquillage merveilleux sur la plage et je me baisse
pour le prendre. J’oublie celui qui continue à me serrer par derrière. Il y a l’écoulement du ki qui part de moi vers le coquillage alors qu’avant le ki était figé à la pensée de celui qui me serre avec tant de force. Il devient alors léger et chute par dessus mes épaules » Itsuo Tsuda

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Lectures publiques autour de l’oeuvre de Tsuda

lectures Tout au long de l’année 2014, consacrée au centenaire d’Itsuo Tsuda, assistez dans toute la France à des lectures publiques pour découvrir son œuvre. Après Blois en février voici les prochaines étapes:

Le 12 juin à 18h – Albi
Lectures d’extraits d’Itsuo Tsuda, philosophe du Non-Faire
Librairie Guillot, 21 Lices Georges Pompidou, 81000 Albi. Tél: 05 63 54 18 49.
évènement Facebook

Le 12 juin à 19h – Saint Mandé
Lectures d’extraits de l’œuvre du philosophe Itsuo Tsuda.
« Marcher en avant d’un pas assuré et silencieux, afin de donner le maximum de la vie qu’on a reçue, voilà ce que fera l’homme indépendant et libre. » I.T
Librairie Mots & Motions, 74 avenue du Général de Gaulle Saint Mandé 94160.
évènement Facebook

Pour la suite, rendez vous dès septembre !